VIVA Logone : Le Temps des Moissons à Yagoua

Gazelle D'Afrique
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Après avoir scruté les berges de la Bénoué, la caravane gouvernementale menée par Alamine Ousmane Mey a jeté l’ancre ce mercredi 6 mai 2026 à Yagoua, dans le Mayo-Danay. Au cœur de cette étape cruciale : le projet VIVA Logone. Entre évaluation technique des aménagements hydro-agricoles et rétrocession imminente de matériels, cette visite interministérielle, soutenue par la Banque mondiale, soulève une immense vague d’espoir. Mais derrière le ballet des officiels, les riziculteurs de la vallée du Logone attendent des réponses concrètes à leurs défis quotidiens. Analyse d’un tournant stratégique pour le grenier céréalier du Septentrion.

Si l’étape de Garoua était celle de la mise en jambe, Yagoua représente le cœur battant de la production rizicole nationale. En se rendant sur les sites de VIVA Logone, la délégation interministérielle — où l’on retrouve également les ministres Mounouna Foutsou (Jeunesse) et le Dr Taïga (Élevage) — ne vient pas seulement inspecter des digues et des canaux. Elle vient valider un modèle économique.

L’enjeu est de taille : le Cameroun veut réduire sa dépendance aux importations de riz qui pèsent lourdement sur la balance commerciale. Ici, dans la vallée du Logone, le potentiel est gigantesque. Pour les populations, la visite d’Alamine Ousmane Mey est perçue comme le signal que l’État passe enfin à la vitesse supérieure. Les aménagements hydro-agricoles visités ce mercredi sont les fondations d’une autonomie alimentaire que le Mayo-Danay appelle de ses vœux depuis des décennies.

Le clou de cette visite est sans doute la cérémonie de rétrocession d’équipements agricoles. Si la remise de tracteurs et de motopompes est un levier de croissance indéniable, les attentes des bénéficiaires vont bien au-delà de la simple remise de clés.

Pour le riziculteur de Yagoua, l’enjeu se décline en trois points : La gestion de l’eau : Les infrastructures du projet VIVA Logone doivent garantir une irrigation constante, même lors des saisons sèches de plus en plus sévères. L’accès aux intrants : Avoir une machine est une chose, pouvoir acheter des semences améliorées et de l’engrais à prix encadré en est une autre. La sécurisation des terres : Les paysans attendent de cette visite que le gouvernement clarifie les droits d’exploitation pour éviter les conflits fonciers qui freinent souvent l’investissement privé.

Les « échanges directs » annoncés entre le Ministre et les producteurs sont donc le moment de vérité. Ce ne sont pas des doléances administratives qui seront formulées, mais des cris du cœur pour une agriculture qui nourrit son homme.

La présence du MINJEC et du MINEPIA aux côtés du MINEPAT n’est pas fortuite. Le projet VIVA Logone est désormais pensé comme un écosystème intégré. L’enjeu est de convaincre les jeunes du Mayo-Danay que la riziculture est un métier d’avenir, loin de l’image de pénibilité d’autrefois. En modernisant les outils de production, l’État espère freiner l’exode rural qui vide les villages de leurs forces vives.

Par ailleurs, l’intégration de l’élevage (via le Dr Taïga) rappelle que la vallée du Logone est aussi une zone de transhumance. La réussite de VIVA Logone dépendra de sa capacité à faire cohabiter harmonieusement les champs de riz et les couloirs de bétail, évitant ainsi les tensions agro-pastorales qui minent parfois la cohésion sociale dans la région.

Ce déploiement s’inscrit dans le cadre de la coopération avec la Banque mondiale. Ce partenariat impose une rigueur de gestion et une obligation de résultats. Les populations l’ont compris : ce n’est pas un projet « cadeau », mais un investissement qui doit être rentable. L’enjeu de cette descente est donc aussi de rassurer le partenaire financier sur la bonne utilisation des fonds et sur l’appropriation des infrastructures par les communautés locales.

En somme, l’étape de Yagoua est celle de la redevabilité. Les populations ne veulent plus de projets qui « s’ensablent » une fois les ministres repartis. Elles attendent que VIVA Logone transforme durablement le visage économique du Mayo-Danay. Ce mercredi, à Yagoua, c’est l’avenir du riz « Made in Cameroon » qui se joue sur le terrain.

Arsène Nna 

 

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