Lundi 4 mai 2026, la ville de Lagdo a vibré au rythme d’une descente ministérielle de grande envergure. Sous la conduite d’Alamine Ousmane Mey, une délégation interministérielle musclée a lancé une mission d’inspection et de rétrocession d’équipements d’une portée stratégique majeure. Au-delà du protocole et de la ferveur populaire, ce déplacement marque une accélération décisive dans la mise en œuvre de la politique d’import-substitution prônée par le Chef de l’État. Entre modernisation des infrastructures hydro-agricoles et mécanisation rurale, le gouvernement jette les bases d’une souveraineté alimentaire durable, faisant du Grand-Nord le laboratoire d’une croissance résiliente.
Le passage à Lagdo n’était pas qu’une simple escale technique. En remettant officiellement un lot d’équipements agricoles de pointe via le PIISAH, le MINEPAT s’attaque à l’un des principaux goulots d’étranglement de l’agriculture camerounaise : la faible productivité liée à l’outil de travail. Comme l’a souligné Mme Djabou Falama (PCA du CGER-Garoua), ces équipements sont le « bras armé » des familles rurales.
L’enjeu ici est double. D’une part, il s’agit de réduire la pénibilité du travail de la terre pour attirer une jeunesse souvent tentée par l’exode urbain. D’autre part, cette dotation vise à augmenter les rendements pour passer d’une agriculture de subsistance à une agriculture commerciale, capable de fournir les marchés nationaux et sous-régionaux.
L’exposé de Mamat Habibou sur l’avancement de VIVA-Bénoué a permis de lever le voile sur la cohérence des chantiers hydro-agricoles. La maîtrise de l’eau est la clé de voûte du développement dans cette zone sahélienne. En aménageant les périmètres autour du barrage de Lagdo, l’État ne se contente pas de bétonner des canaux ; il sécurise les cycles de production face aux aléas climatiques.
Le discours d’Alamine Ousmane Mey a été sans équivoque : les populations locales doivent être les « premières sentinelles » et les « premiers bénéficiaires » de ces retombées. Cette approche inclusive est cruciale pour garantir la paix sociale et la pérennité des investissements. La visite de l’usine de riz Malika à Sangaré vient d’ailleurs boucler cette boucle logique : il ne suffit plus de produire, il faut transformer sur place pour capter la valeur ajoutée et créer des emplois locaux.
L’aspect le plus saillant de cette journée a sans doute été l’appel du Ministre à la « gestion transparente ». Le gouvernement semble avoir tiré les leçons des échecs passés où le matériel agricole finissait parfois détourné ou mal entretenu. L’exhortation aux coopératives à faire preuve de responsabilité est un signal fort envoyé aux acteurs de terrain : l’État investit, mais le succès dépend de la rigueur des bénéficiaires.
La présence de quatre membres du gouvernement (Économie, Jeunesse, Élevage, Agriculture) témoigne d’une volonté de briser les silos administratifs. C’est une approche holistique qui est désormais privilégiée, où le développement agricole est intrinsèquement lié à l’insertion des jeunes et à la modernisation de l’élevage.
En somme, cette première étape de Lagdo donne le ton d’une mission qui se veut pragmatique. En alignant les investissements structurels (VIVA-Bénoué) sur des appuis directs aux producteurs (PIISAH), le Cameroun affiche son ambition de transformer le Septentrion en un véritable hub agropastoral.
Si la ferveur populaire à Lagdo témoigne de l’adhésion des masses, le véritable succès de cette « offensive » se mesurera à la capacité des coopératives à transformer ces machines en croissance économique réelle. La route vers Kousseri ne fait que commencer, mais les jalons d’un Grand-Nord moteur du développement sont désormais posés.
Arsène Nna
