Un an après la signature de l’accord historique entre le Conseil Régional de l’Extrême-Nord (CREN) et le projet PROLOG, l’heure est aux comptes. Si l’enveloppe de 2,65 milliards de FCFA promet de transformer le paysage éducatif de cinq départements, la réalité du terrain impose aujourd’hui un constat de lenteur. Entre espoirs de modernisation et goulots d’étranglement administratifs, l’analyse de ce premier cycle d’investissement révèle les défis majeurs de la décentralisation dans une région en quête de résilience.
Le 29 avril 2026 restera une date charnière dans le suivi des grands chantiers de l’Extrême-Nord. Réunies à Maroua, les parties prenantes du partenariat CREN-PROLOG (Projet de gouvernance locale et communautés résilientes) ont passé au crible la mise en œuvre de leur premier cycle d’investissement. Au cœur du débat : 2,65 milliards de francs CFA destinés à bâtir des infrastructures scolaires là où, bien souvent, tout est encore à faire.
L’originalité de ce partenariat ne réside pas seulement dans le montant, mais dans la philosophie de l’action. Le Pr Haman-Djalo, Président du Conseil Régional, prône une approche « clés en main ». L’objectif est de livrer des établissements complets, opérationnels et équipés dans des zones souvent démunies du Diamaré, du Logone et Chari, du Mayo-Sava, du Mayo-Tsanaga et du Mayo-Kani. Pour ces localités, ces projets sont plus que du béton : ils sont le symbole d’une présence de l’État et d’un espoir pour la jeunesse.
Pourtant, l’analyse des faits montre que l’argent ne suffit pas à faire sortir les murs de terre. Malgré la signature de la convention en mars 2025, les travaux « piétinent ». Ce retard, diagnostiqué lors de l’assise, est le fruit d’un cocktail complexe : lourdeurs des procédures de passation de marchés, difficultés de mobilisation des entreprises locales et, sans doute, une sous-estimation des contraintes logistiques propres à la région.
Le coup de semonce du Président du Conseil Régional est sans équivoque : les entreprises doivent désormais produire des résultats pour être payées. Cette fermeté traduit une volonté de rompre avec une culture de l’inertie qui a trop souvent pénalisé les investissements publics.
Le projet PROLOG et le Conseil Régional jouent aujourd’hui leur crédibilité. Fixer l’échéance du 30 juin 2026 pour l’achèvement des cinq projets majeurs est un pari audacieux, un véritable sprint final de deux mois.
Au-delà de l’aspect technique, la réussite de ce premier cycle validera — ou non — la capacité de la Région-CTD (Collectivité Territoriale Décentralisée) à gérer des financements internationaux massifs. Si les bâtiments sont livrés à temps, ce partenariat pourrait devenir le modèle standard du développement local. Dans le cas contraire, il soulignera la nécessité de réformer en profondeur la chaîne d’exécution des projets dans l’Extrême-Nord.
En somme, les 2,6 milliards de FCFA sont là, la volonté politique semble affirmée, mais le succès final dépendra désormais de la capacité des entreprises à transformer cet or financier en infrastructures concrètes pour les enfants de la région.
Abdoul Salam Moumini
