À la veille de l’annonce d’une possible visite du Président russe en Afrique, un journaliste africain, Marcien ESSIMI, directeur de publication d’AFRIQUE 54.net interpelle durement Vladimir Poutine. Dans une lettre ouverte, il dénonce une influence russe essentiellement militaire, contrastant avec une absence notoire d’investissements socio-économiques et un manque de réciprocité dans les échanges, invitant le dirigeant russe à privilégier l’humain plutôt que les armes. Lire l’analyse de la rédaction.
L’honneur de recevoir le Président Vladimir Poutine en terre africaine est indéniable, concède Marcien ESSIMI, mais cette éventualité soulève des questions fondamentales sur la nature et les bénéfices réels de l’influence russe sur le continent. L’auteur rappelle que la Russie jouit d’une image de « vieil ami de l’Afrique« , mais constate avec regret que cette réputation est aujourd’hui déconnectée des réalités économiques.
Si les géants américains et chinois sont omniprésents par leurs investissements, les entreprises russes brillent par leur absence sur le plan social et sociétal. « Les entreprises russes s’affichent rarement dans les projets éducatifs, sanitaires ou communautaires. Pourtant, certaines font d’énormes profits grâce à l’extraction du gaz ou d’autres minerais… Pourquoi ne voit-on pas les fruits sur le terrain ? » interroge M. ESSIMI.
Le journaliste pointe du doigt la prééminence des préoccupations sécuritaires russes en Afrique, souvent synonyme de présence de Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, ou de mercenaires militaires (faisant implicitement référence au Groupe Wagner, autrefois dirigé par Yevgeny Prigozhin). Cette focalisation sur les contrats d’armement, la formation militaire et la présence de groupes de sécurité privée, selon lui, donne une image unilatérale et inquiétante.
Marcien ESSIMI rend hommage au peuple russe, le qualifiant de « travailleur, fort, discipliné, fier et courageux. » Il appelle ce peuple, qu’il admire, à être une source d’inspiration pour les Africains, non seulement dans la résilience, mais dans la construction. Il dénonce l’hypocrisie de la coopération actuelle où l’Afrique achète des armes, souvent anciennes, sans contrepartie technologique ou industrielle significative.
Reprenant les propos de Poutine au forum technique militaire international « Armée 2022 », il souligne que la Russie y avait fait une déclaration forte pour « vanter le poids industriel » de la nation. « Le meilleur allié est celui qui vous donne les moyens de l’être, » affirme-t-il, en invitant la Russie à privilégier le transfert de technologie plutôt que la simple vente d’armes.
L’auteur insiste sur le fait que l’Afrique doit désormais exiger un échange équilibré. Une éventuelle tournée de Poutine, qui pourrait l’amener à Yaoundé, Bamako ou Alger, devrait être l’occasion de « rencontrer les peuples africains, pas seulement les cercles des accords secrets. » Il appelle à une coopération qui célèbre la solidarité et la culture, non par la « vue ou les fusils, mais par la science. »
Le directeur de publication conclut en saluant le soutien multiforme de la Russie à certains dirigeants africains (Paul Biya au Cameroun, Assimi Goïta au Mali), mais réaffirme que la vraie amitié se mesure à l’authenticité et au partage économique.
La rédaction
