Dès ce dimanche 3 mai 2026, une délégation interministérielle de haut vol, conduite par le MINEPAT, Alamine Ousmane Mey, entame une inspection marathon dans le Nord et l’Extrême-Nord. Entre inaugurations d’équipements et visites de périmètres irrigués, cette descente se veut une réponse aux attentes pressantes des populations. Mais au-delà de l’agenda officiel, c’est un véritable examen de conscience pour l’État : les milliards investis dans les projets VIVA-Bénoué, VIVA-Logone ou PROLAC ont-ils réellement changé la vie dans nos villages ? Analyse d’un rendez-vous de vérité.
Pendant une semaine, de Garoua à Kousseri en passant par les plaines brûlantes de Maga et Zina, le cortège gouvernemental va parcourir des centaines de kilomètres. Sur le papier, le programme est dense : rétrocession de matériel agricole, inspection de laboratoires et visites de périmètres hydro-agricoles. Mais le véritable enjeu est ailleurs. Il s’agit de confronter la « vérité des bureaux » de Yaoundé à la « vérité du sol ».
Pendant trop longtemps, le développement a été perçu à travers le prisme de rapports techniques souvent trop lisses. Aujourd’hui, l’opinion publique demande à voir. À Lagdo ou à Yagoua, on ne veut plus seulement entendre parler de « budgets consommés », on veut voir des greniers pleins et des jeunes qui trouvent leur compte dans l’agriculture moderne.
L’importance de cette mission est soulignée par la présence conjointe des ministres de l’Agriculture (MINADER) et de l’Élevage (MINEPIA), ainsi que de la Banque Mondiale. Dans cette partie du pays, où le changement climatique et l’insécurité ont longtemps dicté leur loi, les projets comme VIVA-Logone ou le PIISAH sont bien plus que des programmes économiques : ce sont des outils de résilience sociale.
L’irrigation des terres n’est pas qu’une question technique ; c’est la garantie que le père de famille pourra nourrir les siens même quand la pluie se fait rare. C’est aussi le meilleur rempart contre l’oisiveté qui guette la jeunesse. En remettant officiellement des équipements agricoles, le gouvernement joue sa crédibilité. La question que tout le monde se pose est simple : ces machines iront-elles vraiment aux paysans qui en ont besoin, ou finiront-elles par prendre la poussière dans des hangars ?
L’un des points forts de cette descente est l’appel à la « redevabilité ». Dans les marchés de l’Extrême-Nord, le message est clair : le gouvernement doit écouter sans filtre. Les maires, les chefs traditionnels et surtout les femmes rurales — véritables piliers de l’économie locale — ont des choses à dire.
Une évaluation sincère ne peut se faire à huis clos. Si un projet de poissonnerie à Kousseri ne fonctionne pas comme prévu, il vaut mieux le savoir maintenant pour rectifier le tir plutôt que de s’enfermer dans un satisfecit stérile. La présence de la Banque Mondiale, principal bailleur de fonds, ajoute une pression supplémentaire. Chaque dollar investi doit produire un résultat palpable, une « vie transformée », comme le souligne le plaidoyer des forces vives de la région.
Au final, cette mission est un test de confiance entre l’État et ses citoyens. Le Grand-Nord, riche de son potentiel mais marqué par des années de défis, attend des preuves d’amour concrètes. Le développement ne se mesure pas au nombre de rubans coupés, mais à la capacité d’un producteur de riz de Yagoua à envoyer ses enfants à l’école grâce à ses récoltes.
Alamine Ousmane Mey et sa suite sont donc attendus au tournant. Si cette tournée réussit à briser la glace, à recueillir les doléances réelles et à corriger les trajectoires des projets en cours, elle marquera un tournant dans la gouvernance de proximité au Cameroun. Dans le cas contraire, elle ne restera qu’une énième caravane ministérielle dans la poussière du septentrion. La balle est désormais dans le camp des décideurs : la vérité du terrain n’attend pas.
Arsène Nna
