La relation entre le Président Bassirou Diomaye Faye et son Premier Ministre Ousmane Sonko est au cœur d’un climat politique tendu. Après une décision présidentielle perçue comme un désaveu public de Sonko à savoir la nomination d’Aminata Mimi Touré à la coordination d’une coalition stratégique, le couple exécutif se retrouve face à un bras de fer latent entre l’autorité institutionnelle et la légitimité politique. Un décret récent, nommant la ministre de la Justice, Yassine Fall, pour assurer l’intérim du Premier Ministre en congé, intervient dans ce contexte délicat, soulevant des questions sur la cohésion du pouvoir en place à l’approche de la mise en œuvre des grandes réformes.
Moins d’un an après leur triomphe électoral, les signes de tension entre le Président Diomaye Faye et Ousmane Sonko sont de plus en plus nets. Le point de rupture semble avoir été la nomination d’Aminata Mimi Touré comme coordinatrice de la coalition « Diomaye Président », une décision prise au détriment d’Aïda Mbodj, pourtant réputée proche et soutenue par Ousmane Sonko. Cette manœuvre a été largement interprétée comme un désaveu cinglant du Premier Ministre, rappelant que le Président demeure le seul dépositaire de l’autorité institutionnelle.
Cette divergence met en lumière le conflit d’équilibres. Premièrement La Légitimité Politique (Sonko) : Il est le leader charismatique de la coalition, l’âme du projet Pastef, et l’homme qui a mobilisé la base. En second plan, L’Autorité Institutionnelle (Diomaye Faye) : En tant que Chef de l’État, il exerce son pouvoir discrétionnaire, rappelant à tous que c’est lui qui détient la prérogative de nommer, même en déplaisant à son Premier Ministre. Tercio, L’Intérim de Yassine Fall : Une Coïncidence ou une Affirmation ?
C’est dans ce contexte politiquement chargé qu’intervient la nouvelle de la mise en congé d’Ousmane Sonko. Par décret présidentiel, Yassine Fall, ministre de la Justice et garde des Sceaux, a été désignée pour assurer l’intérim du Premier Ministre, en congé pour deux semaines et dont le retour est prévu le 21 novembre.
Bien que le congé soit une pratique normale, la nomination d’une ministre pour la coordination du Conseil des ministres et le suivi des dossiers prioritaires est la première du genre depuis l’arrivée au pouvoir du duo. Cette transition temporaire, même si elle vise officiellement à assurer la continuité des affaires gouvernementales, prend une résonance particulière.
Elle vient confirmer le signal envoyé par la nomination de Mimi Touré : le Président Faye n’hésite pas à exercer son autorité et à placer des personnalités de confiance aux postes clés, y compris pour la coordination du gouvernement en l’absence de Sonko. En choisissant la ministre de la Justice, le Président garantit non seulement la continuité, mais réaffirme que les rênes du pouvoir institutionnel sont fermement tenues par l’entourage présidentiel direct.
La question qui se pose pour le Sénégal est de savoir si l’exécutif peut mener à bien son programme de « réformes profondes » face à cette fissure au sommet. Tandis qu’Ousmane Sonko se « ressource, » le Président Faye, par ses décrets, démontre qu’il est seul maître du calendrier politique, renforçant la spéculation sur un éventuel remaniement post-congé.
Abdelkader Cissoko
