LIBYE : LA FIN DE L’HÉRITIER. SAÏF AL-ISLAM KADHAFI ASSASSINÉ À ZINTAN

Gazelle D'Afrique
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L’homme qui incarnait pour beaucoup le retour de l’ère Kadhafi a été abattu ce mardi 3 février 2026 au cours d’un raid mystérieux à Zintan. De sidération internationale à la crainte d’un embrasement tribal, la Libye perd l’un de ses acteurs les plus clivants, ouvrant une période d’incertitude totale pour le processus de paix.

Le destin de Saïf al-Islam Kadhafi s’est arrêté brutalement dans la nuit de mardi, au cœur de la ville montagneuse de Zintan. Selon les premiers rapports de sécurité, un commando composé de quatre hommes lourdement armés et masqués a lancé une attaque d’une précision redoutable contre la résidence sécurisée de l’ancien héritier de la Jamahiriya.

L’opération a été menée avec une expertise quasi militaire : les systèmes de surveillance électronique ont été neutralisés avant l’assaut. Saïf al-Islam a été abattu lors d’une confrontation directe. À ses côtés, son protecteur de longue date, Ajmeri Al-Atiri, ainsi que le fils de ce dernier, ont également péri. Les assaillants se sont évaporés dans les faubourgs de la ville sans laisser de trace, laissant derrière eux une scène de crime muette mais lourde de conséquences politiques.

Depuis sa libération en 2017, Saïf al-Islam vivait dans une semi-clandestinité, jouant le rôle d’un « fantôme politique » capable de mobiliser les tribus nostalgiques de l’ancien régime. Candidat déclaré à la présidence, il était perçu comme le troisième homme capable de briser le duel fratricide entre le gouvernement de Tripoli (Ouest) et le camp du Maréchal Haftar (Est).

Pour de nombreux observateurs, cette élimination arrive à un moment charnière. Des réunions diplomatiques récentes tentaient de stabiliser le pays en vue d’élections nationales. Sa disparition simplifie radicalement l’échiquier politique libyen en supprimant un candidat encombrant, tant pour ses rivaux locaux que pour certains acteurs internationaux.

Souvent présenté comme le « visage humain » de la dictature de son père, Saïf al-Islam Kadhafi (le « Glaive de l’Islam ») aura incarné toutes les contradictions de la Libye contemporaine.

L’illusion du réformateur (2000-2010) : Diplômé de la London School of Economics, il prône une libéralisation de l’économie et négocie le retour de la Libye sur la scène internationale. L’Occident voit alors en lui l’interlocuteur idéal.

Le basculement (2011) : Lors de la révolution, il menace les insurgés de « rivières de sang ». Il devient le bras armé de la répression, lui valant un mandat d’arrêt de la Cour Pénale Internationale (CPI).

La capture (2011-2017) : Capturé par une milice de Zintan après la chute de Tripoli, il reste aux mains de ses geôliers qui refusent de le livrer à la justice internationale.

Le retour avorté (2017-2026) : Libéré à la faveur d’une amnistie, il resurgit en 2021 pour déposer sa candidature présidentielle, restant jusqu’à sa mort la figure de proue du mouvement « vert ».

Les réactions internationales ne se sont pas fait attendre, teintées d’une inquiétude palpable. La Russie, qui voyait en lui un partenaire stratégique, a fustigé un acte « terroriste » visant à saborder son influence. L’Égypte, voisine immédiate, appelle à une « retenue maximale », craignant une insurrection armée le long de sa frontière. La Cour Pénale Internationale (CPI) voit s’éteindre l’espoir de juger celui qu’elle poursuivait pour crimes contre l’humanité.

La question qui brûle toutes les lèvres à Tripoli est désormais celle de la réaction de la rue. Les puissantes tribus Warfalla, piliers du soutien aux Kadhafi, ont déjà manifesté leur indignation. Le risque de sabotage des infrastructures pétrolières — poumon économique du pays — est à son paroxysme.

À Bani Walid, bastion historique du clan, des rassemblements ont été signalés. L’assassinat de Saïf al-Islam n’est pas seulement la mort d’un homme, c’est l’effondrement d’un espoir de restauration pour toute une frange de la population libyenne qui se sent désormais orpheline et trahie.

Alors que le parquet général tente de faire la lumière sur l’identité du commando, la Libye retient son souffle.

Abdoul Salam Moumini

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