Alors que l’on croyait le sort de la SGS scellé au profit de l’opérateur TransAtlantic, le Premier Ministre Joseph Dion Ngute vient de siffler la fin de la récréation. En rappelant fermement à l’ordre la direction du Port Autonome de Douala (PAD), le chef du gouvernement ne se contente pas de régler un litige commercial : il remet les pendules de l’orthodoxie administrative à l’heure et sauve l’État d’un séisme financier.
Le ministre des Transports, Jean Ernest Masséna Ngallè Bibéhé, est sorti d’une réunion de crise à la Primature avec une mission claire : rétablir l’autorité de l’État sur les quais du Wouri. Le constat dressé par le gouvernement est sans appel : le Port Autonome de Douala (PAD) a outrepassé ses droits en tentant de résilier unilatéralement le contrat liant l’État camerounais à la société SGS.
« Le contrat ayant été signé par le Gouvernement, il ne revenait pas à un autre opérateur — en l’occurrence le Port de Douala — de l’annuler », a martelé le ministre. En clair, seul celui qui signe un contrat a le pouvoir de le rompre. Cette décision réhabilite immédiatement la SGS, dont le contrat court jusqu’en 2032.
Ce rebondissement est d’autant plus frappant qu’il intervient quelques jours seulement après une réunion à la Présidence de la République. À l’issue de cette rencontre au sommet, la société TransAtlantic D.S.A avait été pressentie pour reprendre les activités de scanning. Assiste-t-on à un désaveu de la Présidence par la Primature ? Plutôt à un recadrage procédural.
Le ministre a précisé que si l’intégration de TransAtlantic est envisagée, elle doit suivre le circuit légal : une proposition du Port transmise aux tutelles techniques et financières, avant d’obtenir le visa final du Premier Ministre. Le tort du PAD aurait donc été de vouloir « sauter les étapes » en signant directement avec le nouvel opérateur.
Au-delà de la bataille de signatures, cet arbitrage évite au Cameroun des conséquences économiques désastreuses : Le risque de dommages-intérêts records : Une rupture abusive exposerait le pays à des poursuites devant les tribunaux internationaux. Le Cameroun aurait dû indemniser la SGS pour ses investissements et ses gains manqués jusqu’en 2032.
La menace sur les recettes douanières : Le scanning est le poumon financier du port. Une transition chaotique entre deux opérateurs créerait un vide opérationnel propice à la fraude, impactant non seulement le Cameroun mais aussi le Tchad et la RCA. La crédibilité de la « Signature Cameroun » : Rompre un contrat d’État par une simple décision d’entreprise publique envoie un signal catastrophique aux investisseurs étrangers sur l’insécurité juridique du pays.
Cette affaire soulève une question brûlante sur la gouvernance actuelle : qui décide réellement ? Entre les instructions émanant de la Présidence et les arbitrages de la Primature, la ligne de fracture s’est installée sur le respect des textes. Pour le gouvernement, maintenir la SGS n’est pas qu’une question de droit, c’est une question de survie diplomatique et financière.
La priorité affichée par le ministre est claire : ne pas mettre en difficulté les « très hautes instructions » du Chef de l’État par des manœuvres juridiquement fragiles. Dès demain, les équipes de la SGS reprendront leur service, conformément aux instructions de la Primature.
Un retour à la normale qui laisse toutefois planer une ombre : celle d’une administration camerounaise en quête de cohérence, où la bataille des procédures cache souvent une lutte d’influence beaucoup plus profonde.
Arsène Nna
