RIZ DE MAGA : LES PAYSANS SACRIFIÉS ?

Gazelle D'Afrique
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Le projet VIVA Logone, financé par la Banque Mondiale, devait être le moteur de la renaissance agricole dans l’Extrême-Nord du Cameroun. Mais aujourd’hui, à Maga, l’espoir cède la place à la révolte. La publication des listes de compensation dans les casiers 1 et 4 de la SEMRY 2 révèle un accaparement de terres sans précédent par ceux-là mêmes qui sont chargés de les gérer. Entre népotisme et détresse rurale, enquête sur une redistribution qui ressemble à une spoliation organisée.

À Maga, l’heure n’est plus aux murmures dans les cases, mais à la colère sur la place publique. Le constat, issu des listes officielles, est effarant : des noms de cadres de la SEMRY (Société d’Expansion et de Modernisation de la Riziculture de Yagoua) s’étalent comme bénéficiaires de dizaines de parcelles réhabilitées. Le record de l’indécence est atteint par un seul responsable qui, par un jeu de prête-noms incluant les membres de sa propre famille, se serait vu attribuer plus de 40 parcelles.

Dans une région où la terre est synonyme de survie, cette boulimie foncière choque autant par son ampleur que par son cynisme.

La question qui brûle les lèvres des populations locales est directe : la SEMRY est-elle devenue une propriété privée ? Si la mission de cette structure est d’encadrer la production nationale, elle semble s’être muée, pour certains, en un instrument d’enrichissement personnel. Pendant que ces « cols blancs » accumulent les titres de propriété, les paysans riverains — ceux qui courbent l’échine sous le soleil depuis des décennies — crient à l’injustice.

Beaucoup n’ont reçu aucune parcelle, malgré les promesses répétées de l’administration et les critères d’éligibilité du projet VIVA Logone. Le paysan, pilier de l’économie locale, se retrouve spectateur de la distribution d’un gâteau dont il ne recevra que les miettes.

Le projet VIVA Logone a été conçu pour lutter contre la pauvreté et renforcer la sécurité alimentaire. Pourtant, sur le terrain, l’effet semble inverse : il fabrique une nouvelle classe de « riches administratifs » au détriment du peuple. Ce détournement de l’objectif social du projet pose un problème de fond sur la gouvernance des ressources publiques au Cameroun.

Comment justifier qu’une administration puisse s’attribuer les fruits d’un investissement international censé bénéficier aux plus démunis ? Ce sentiment de « hold-up » institutionnel fragilise la paix sociale dans une zone déjà éprouvée par les crises climatiques et sécuritaires.

Le scandale ne risque pas de rester confiné aux digues de Maga. La Banque Mondiale, garante de la transparence des fonds qu’elle alloue, tolérera-t-elle que ses investissements servent à alimenter le clientélisme local ? La pression monte. Les populations locales, désormais informées de leurs droits, n’excluent plus d’interpeller directement les bailleurs de fonds.

Si l’audit des listes de compensation n’est pas effectué en toute transparence, c’est toute la crédibilité des projets de développement dans le septentrion qui sera durablement entachée. À Maga, le riz a désormais le goût amer de la trahison, et le silence des bureaux de la SEMRY ne suffira plus à étouffer la détresse de ceux que l’on a sacrifiés.

Sources : Monde Afrique TV

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