Affaire Du Scanning au PAD : Louis Paul Motaze, Le « Gardien du Trésor » sonne l’alerte

Gazelle D'Afrique
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Alors que les tensions autour de la gestion des services portuaires et les incertitudes économiques de la zone CEMAC alimentent les débats, le Ministre des Finances, Louis Paul Motaze, est sorti de sa réserve. Entre rappel à l’ordre juridique sur le dossier du Port de Douala et mise en garde macroéconomique sur la stabilité du Franc CFA, l’argentier national pose un diagnostic sans complaisance : la souveraineté de l’État ne doit jamais s’affranchir des règles du droit, sous peine de banqueroute.

Dans le dossier brûlant qui oppose le Port Autonome de Douala (PAD) à ses partenaires techniques (notamment la SGS), Louis Paul Motaze adopte une posture de légaliste pragmatique. S’il ne conteste pas le droit du Cameroun à réformer ses institutions ou à changer de prestataires, il martèle un principe fondamental : le respect des contrats.

Pour le Ministre, la volonté de nationaliser ou de réorganiser certains secteurs ne doit pas se faire au mépris des engagements signés. Le risque ? Voir l’État traîné devant les tribunaux internationaux et condamné à verser des indemnités astronomiques. En d’autres termes, le patriotisme économique est une ambition noble, mais il devient un fardeau s’il n’est pas blindé juridiquement.

Le Ministre déplace ensuite le curseur vers les enjeux régionaux de la CEMAC. Avec une franchise rare, il évoque l’amenuisement des réserves de change. Pour le citoyen lambda, cela peut paraître technique, mais la réalité est brutale : si ces réserves — qui garantissent notre capacité à acheter à l’extérieur (médicaments, riz, carburant) — tombent trop bas, c’est la valeur même de notre monnaie qui vacille.

Le message est clair : la parité du Franc CFA n’est pas un acquis éternel. Elle dépend de la discipline budgétaire de chaque État membre.

Le Ministre pointe du doigt un mal profond : les budgets « expansionnistes ». Il s’agit de ces budgets publics gonflés, qui prévoient des dépenses supérieures aux capacités réelles de l’État, entraînant un endettement lourd et dangereux. En dénonçant ce « cercle vicieux », Louis Paul Motaze se positionne comme le garant de la sobriété.

Il rappelle que chaque dépense inutile ou mal calibrée est une pierre jetée dans le jardin de notre stabilité monétaire. Pour lui, l’heure n’est plus aux dépenses de prestige ou aux réformes précipitées, mais à une gestion de « bon père de famille ».

Enfin, l’entretien révèle une méthode de gouvernance basée sur l’arbitrage. En attendant les directives du Premier Ministre et les conclusions de la Présidence, Motaze refuse de « pré-emporter » la décision. C’est une leçon de diplomatie administrative : le Ministre des Finances ne décide pas seul de la stratégie politique, mais il a le dernier mot sur la faisabilité financière.

En résumé, Louis Paul Motaze envoie un signal fort aux décideurs et aux gestionnaires de la fortune publique : l’audace politique est nécessaire, mais elle doit impérativement s’accompagner d’une vigilance juridique et d’une rigueur budgétaire sans faille.

Une Analyse de Arsène Nna

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