Du 20 au 22 octobre 2026, la Foire Internationale de Casablanca a vibré au rythme de la 3ᵉ édition du Forum-Salon International de la Mobilité, du Transport et de la Logistique (LOGITERRE). Placées sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI et structurées autour du thème « Économie du transport et de la logistique : un levier stratégique pour le développement de l’Afrique », ces assises ont rassemblé des gouvernants, décideurs institutionnels et opérateurs de plus de 44 pays.
Au premier rang de ce cénacle continental, la République du Cameroun s’est illustrée par une participation de haut niveau, emmenée par son Ministre des Transports, Jean Ernest Masséna Ngallè Bibéhè, et soutenue par des bras armés techniques à l’instar du Conseil National des Chargeurs du Cameroun (CNCC). Un positionnement qui ne relève en rien du hasard protocolaire, mais traduit une feuille de route géostratégique rigoureusement assumée.
À l’heure où la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) amorce son virage opérationnel, le continent se heurte à une vérité brutale : l’intégration commerciale ne sera qu une illusion théorique sans une architecture logistique fluide, interconnectée et résiliente.
Dans cette équation, le Cameroun occupe une position charnière. Véritable porte d’entrée et poumon économique de la sous-région Afrique Centrale (CEMAC), le pays dessert un arrière-pays enclavé stratégique comprenant le Tchad et la République Centrafricaine. À Casablanca, aux côtés de son homologue marocain Abdessamad Kayouh, le Ministre Ngallè Bibéhè a porté l’ambition d’un Cameroun pivot, interface naturelle entre les façades maritimes atlantiques et le cœur enclavé du continent.
La présence camerounaise répondait ainsi à un triple impératif :
* Harmoniser les normes et procédures : Réduire les frictions frontalières, standardiser les corridors de transit et accélérer la dématérialisation des documents de transport.
* Promouvoir les infrastructures nationales : Faire valoir le potentiel du Port Autonome de Kribi, du Port de Douala et des projets d’extension des maillons ferroviaires et routiers comme hubs sous-régionaux.
* Capter les investissements : Engager des partenariats public-privé (PPP) pour combler le déficit d’infrastructures multimodales.
Loin de se cantonner à une présence figurative, la délégation camerounaise a apporté une valeur ajoutée doctrinale et opérationnelle majeure aux débats de LOGITERRE 2026.
D’abord, sur le plan institutionnel et politique, le Cameroun a défendu la nécessité de financer en priorité les corridors transafricains interétatiques. Intervenant dans les espaces de dialogue B2G (Business-to-Government) et lors des réunions de haut niveau, la partie camerounaise a rappelé que la souveraineté économique de l’Afrique repose sur sa capacité à relier ses bassins de production aux marchés de consommation sans rupture de charge.
Ensuite, à travers l’engagement du CNCC et des acteurs sectoriels, le Cameroun a partagé ses avancées en matière de facilitation des échanges. La mise en service de centres de vie et de plateformes logistiques avancées — telles que l’antenne de Garoua-Boulaï à la frontière centrafricaine — a été présentée comme un modèle pragmatique de sécurisation et de fluidification du transit routier transfrontalier.
Enfin, le sommet a offert une tribune privilégiée pour consolider l’axe de coopération bilatérale Yaoundé–Rabat. Dans la dynamique de l’Initiative Royale marocaine visant à offrir aux États du Sahel un accès à l’Atlantique, le Cameroun s’impose comme un partenaire de premier ordre pour structurer les chaînes de valeur de l’Afrique Centrale et connecter la sous-région aux grands flux logistiques euro-méditerranéens.
À la clôture des travaux de LOGITERRE 2026, le constat est sans équivoque : le Cameroun repart de Casablanca renforcé dans sa posture de leader logistique régional. Les échanges bilatéraux noués avec les géants de la logistique, les autorités portuaires continentales et l’Union Africaine des Organisations des Transports et de la Logistique (UAOTL) ouvrent la voie à des retombées concrètes.
Alors que l’Afrique cherche désespérément les clés de son autosuffisance commerciale, la participation camerounaise à ce forum international réaffirme une certitude : l’avenir économique du continent s’écrira sur le bitume de ses corridors, sur les rails de ses trains et dans la performance de ses ports. Et sur cette carte continentale en pleine redéfinition, le Cameroun entend bien tracer la voie.
Saïd Mal Hamed
