Investissement public au Cameroun : le MINEPAT siffle la fin du bricolage budgétaire

Gazelle D'Afrique

L’ère des projets sous-maturés et des chantiers à l’arrêt est-elle en passe de devenir un souvenir au Cameroun ? En présidant la 5ᵉ session inaugurale du Comité national de maturation des projets et programmes d’investissement public (CNMP) le 5 août 2026 à Yaoundé, le Ministre Délégué auprès du MINEPAT, Paul Tasong, a acté une mutation profonde dans le pilotage de la dépense publique.

Pendant de nombreuses années, la commande publique camerounaise a pâti d’un travers persistant : l’inscription au Budget d’Investissement Public (BIP) de projets insuffisamment préparés. Résultat : des avenants à répétition, des retards de livraison abyssaux et, au pire, des ouvrages inachevés.

Le dispositif réaffirmé par le Ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire vient verrouiller ces failles. Pour obtenir le précieux sésame de l’inscription budgétaire, tout projet devra désormais franchir le filtre exigeant du CNMP selon quatre critères cardinaux :

* La qualité conceptuelle et la solidité des études préalables ;

* La faisabilité technique et opérationnelle sur le terrain ;

* La rentabilité socio-économique démontrée ;

* Le niveau de préparation effectif avant tout engagement financier.

Comme l’a martelé Paul Tasong, il s’agit d’un véritable changement de paradigme. Le coût financier brut d’un ouvrage ne constitue plus la boussole exclusive du gouvernement ; c’est désormais l’impact direct sur les populations et sur l’économie qui conditionne le choix des investissements.

Cette rigueur renouvelée s’inscrit directement dans la feuille de route de la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND30). Dans un contexte macroéconomique qui impose une gestion rigoureuse des deniers publics, rationaliser la dépense n’est plus une option, mais une exigence de souveraineté économique.

En mettant les maîtres d’ouvrage (ministères, collectivités territoriales décentralisées, établissements publics) face à leurs responsabilités, le MINEPAT cherche à instaurer une culture de la redevabilité. La maturation préalable cesse d’être perçue comme un frein bureaucratisé pour devenir le garant de l’efficacité, de la transparence et de la soutenabilité des réalisations nationales.

Si cette doctrine est tenue avec constance, le renforcement du CNMP pourrait bien marquer le saut qualitatif attendu pour transformer chaque franc CFA investi en levier de croissance concrète.

Arsène Nna 

 

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