Le ministre des Finances a dévoilé devant les députés la feuille de route budgétaire du Cameroun pour les trois prochaines années. Entre ambitions industrielles et contraintes macroéconomiques, l’exécutif cherche le point d’équilibre.
Le 3 juillet 2026, l’hémicycle de l’Assemblée nationale a servi de cadre à un exercice crucial : la présentation du Document de Programmation Économique et Budgétaire à Moyen Terme (DPEBM) pour la période 2027-2029. Face à la Commission des finances et du budget, le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a tracé les contours d’une trajectoire financière qui se veut à la fois réaliste et résolument tournée vers les objectifs de la Stratégie Nationale de Développement (SND30). Mais au-delà des chiffres, ce grand oral révèle les véritables priorités — et les défis — d’une économie camerounaise en pleine mutation structurelle.
Au cœur de cette programmation triennale se trouve un leitmotiv clair : l’élargissement de l’assiette fiscale et la mobilisation accrue des ressources internes. Pour le gouvernement, il s’agit de réduire la dépendance vis-à-vis des financements extérieurs. Cette stratégie passe par une optimisation des recettes non pétrolières et une traque de l’efficacité de la dépense publique.
Cependant, le ministre n’a pas caché les embûches. Les risques de retards dans l’implémentation de certaines réformes fiscales, couplés aux pressions sécuritaires persistantes aux frontières, constituent de réelles menaces pour ce cadrage. Pour réussir ce pari, l’État devra faire preuve d’une discipline budgétaire de fer tout en préservant le pouvoir d’achat des ménages.
Pour la période 2027-2029, l’orientation des fonds publics ciblera en priorité le développement des infrastructures de soutien à la production et le financement du capital humain. L’objectif est double : accélérer la politique d’import-substitution pour booster l’industrialisation locale et bâtir une main-d’œuvre qualifiée, apte à porter cette transformation.
Néanmoins, les députés n’ont pas manqué de soulever la question de la soutenabilité de la dette. Le bouclage de ce plan triennal reste en effet intimement lié à la signature attendue d’un nouveau programme financier avec le Fonds Monétaire International (FMI). De plus, la fragilité financière de secteurs clés, à l’instar de l’électricité, et le durcissement du marché financier sous-régional contraignent le Cameroun à manœuvrer avec une grande agilité.
En somme, ce DPEBM 2027-2029 est un véritable exercice de haute voltige. Si les ambitions de croissance et de souveraineté économique sont clairement affichées, leur concrétisation dépendra de la capacité du gouvernement à transformer ces orientations en actions concrètes, tout en naviguant dans un océan d’incertitudes économiques.
Arsène Nna


