Face aux défis de la fuite des cerveaux et de la migration irrégulière, Yaoundé et Ottawa redéfinissent les règles du jeu. À travers un partenariat stratégique centré sur l’École Nationale Supérieure Polytechnique de Yaoundé (ENSPY), les deux nations mettent en place un modèle de mobilité professionnelle qui privilégie la formation locale et la satisfaction des besoins du marché camerounais avant tout projet d’expatriation vers le Canada.
Le temps des départs clandestins et des désillusions migratoires semble compter ses jours. Ce mardi 12 mai 2026, une étape cruciale a été franchie au Ministère du Commerce à Yaoundé. Sous l’impulsion du Ministre **Luc Magloire Mbarga Atangana, une concertation de haut niveau a réuni des représentants du Haut-Commissariat du Canada et des experts universitaires pour sceller une nouvelle vision : celle d’une immigration maîtrisée.
L’objectif est clair : transformer le flux migratoire, souvent perçu comme une perte de substance pour le Cameroun, en un levier de développement concerté. En finir avec les réseaux de visas frauduleux pour laisser place à une voie légale, technique et sécurisée.
Au cœur de ce dispositif innovant se trouve l’École Nationale Supérieure Polytechnique de Yaoundé (ENSPY)**. Pourquoi ce choix ? Parce que l’excellence technique est désormais le passeport privilégié pour la mobilité. Le projet repose sur une logique de « formation miroir ». Il s’agit d’identifier les compétences dont le Canada a cruellement besoin — notamment dans le numérique, le génie civil ou la métallurgie — et de les enseigner au Cameroun selon des standards internationaux.
Cependant, une condition sine qua non a été posée par la partie camerounaise : le pays ne doit pas se vider de ses forces vives. Le Pr Raoul Domingo Ayissi, Directeur de l’ENSPY, l’a souligné : l’école dispose du génie technologique nécessaire pour répondre à ce double défi. Les programmes seront donc calibrés pour servir d’abord l’économie locale, garantissant que le tissu industriel camerounais dispose des experts nécessaires à son émergence.
Le concept de subsidiarité est le pilier de cette coopération. Contrairement aux anciens modèles migratoires qui encourageaient le départ des meilleurs éléments, cette architecture prévoit que la migration ne soit qu’une option de second rang, accessible uniquement lorsque les besoins nationaux sont comblés.
« Ce modèle permettra d’identifier les points communs entre les deux marchés pour booster la mobilité », a expliqué Mme Erlyne Benjamin, conseillère au Haut-Commissariat du Canada.
En d’autres termes, un ingénieur formé à Polytechnique sera d’abord une ressource pour le Cameroun. S’il choisit de s’expatrier au Canada, il le fera dans un cadre légal, avec un emploi déjà identifié, évitant ainsi le déclassement professionnel souvent subi par les immigrés.
Ce rapprochement ne sort pas de nulle part. Il est l’aboutissement d’un processus diplomatique entamé début 2026 avec la signature d’un Mémorandum d’Entente (MoU) entre le Commerce et l’Enseignement Supérieur. La rencontre du 12 mai, faisant suite aux échanges avec la Haute-Commissaire S.E. Marie-Claude Harvey, marque le passage de la théorie à la pratique.
En impliquant le Ministère des Petites et Moyennes Entreprises, le projet s’assure également que les compétences acquises pourront servir à l’auto-emploi et à l’entrepreneuriat local. Ce partenariat dépasse donc le simple cadre d’un accord sur les visas ; il devient un véritable outil de gestion du capital humain.
Pour la jeunesse camerounaise, le message est porteur d’espoir. Il ne s’agit plus de choisir entre « partir ou périr », mais de se former pour exceller. L’expertise camerounaise est reconnue, valorisée et désormais encadrée.
En structurant cette mobilité, le Cameroun et le Canada inventent une diplomatie de la compétence. Une stratégie où l’immigration n’est plus une fuite, mais un échange circulaire et maîtrisé, bénéfique aux deux rives de l’Atlantique. Les prochaines rencontres, élargies à d’autres administrations, devraient finaliser les modalités pratiques de ce qui s’annonce comme une révolution dans les relations Nord-Sud.
Hamed Yhamed

