Le 6 novembre 2025, au Palais des Verres à Yaoundé, le Président Paul Biya a prêté serment pour son huitième mandat. Ce discours d’investiture, prononcé dans un contexte post-électoral tendu et marqué par l’escalade de la crise anglophone, a servi de feuille de route pour les sept années à venir. La rédaction de votre journal vous propose un décryptage et une analyse de ce moment politique fort.
C’est dans une ambiance solennelle, au Palais des Verres, que le Président de la République Paul Biya a prêté serment devant le peuple camerounais, inaugurant ainsi le « Septennat des Grandes Espérances ». Face à une nation divisée par une élection contestée et ébranlée par l’insurrection dans ses régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, son discours d’investiture s’est révélé être un exercice d’équilibre délicat : reconnaître la gravité de la situation et les « frustrations » populaires, tout en affirmant avec une détermination sans faille la primauté de l’État. De l’appel à l’union sacrée à la promesse de la fin des violences, le Chef de l’État a fixé les enjeux majeurs d’un mandat sous haute surveillance.
Le discours du 6 novembre 2018 se structure autour de trois piliers principaux : l’Unité Nationale, la Sécurité (avec un focus sur la crise anglophone) et la Relance Économique/Gouvernance.
Dès les premières minutes, le Président Biya a adressé la question de la division. En mesurant la « profondeur des frustrations » et « l’ampleur des attentes », il a reconnu implicitement le contexte tendu ayant suivi le scrutin. Le message clé : L’appel à l‘« union sacrée » et au « rassemblement » vise à clore définitivement la période électorale pour se concentrer sur la construction nationale.
C’était une nécessité politique après les contestations. Le Chef de l’État a fermement dénoncé les « discours de haine » qui « inondent l’espace public » et a particulièrement ciblé certains « compatriotes de la diaspora ». Cette réprimande, tout en cherchant à apaiser l’intérieur, pose le cadre de la fermeté face à ceux qui, selon lui, œuvrent à la déstabilisation du pays depuis l’extérieur. Le Cameroun, a-t-il rappelé, est un « patrimoine commun » à construire et non à « détruire ».
La question sécuritaire a dominé le discours, avec une attention particulière portée à la crise sécessionniste qui ronge les régions anglophones. Le Président Biya a adopté une double approche : l’intransigeance républicaine et une offre de paix. Le message clé : « L’ordre régnera ». Cette phrase, martelée par le Chef de l’État, est devenue le symbole de l’intransigeance face à l’insurrection. Cependant, il a également lancé un « appel à déposer les armes et à retrouver le droit chemin » aux séparatistes.
Le discours a clairement établi une ligne rouge : la sécession est inacceptable et sera combattue avec la « rigueur de la loi » et la « détermination de nos forces de défense et de sécurité ». En même temps, l’offre de « issue honorable » signale que la porte d’une reddition ou d’un dialogue (dans le respect des institutions) reste ouverte.
Le Président, garant de ces institutions, a ainsi projeté l’image d’un État à la fois fort et magnanime. La menace de Boko Haram, bien que mentionnée, est reléguée au second plan par la gravité du conflit interne.
Le nouveau mandat est baptisé celui des « Grandes Espérances », indiquant une volonté d’accélérer l’agenda de l’émergence. Les promesses clés : Jeunesse et Femmes : Un engagement fort pour la « responsabilisation » et la « protection » des jeunes et des femmes, avec un accent sur la professionnalisation de l’éducation et la lutte contre le chômage. Infrastructures : Poursuite de l’achèvement des grands projets de première génération (barrages hydroélectriques, routes) pour consolider la croissance. Gouvernance : La lutte contre la corruption sera « intensifiée », et des « réformes » institutionnelles seront soumises au Parlement pour un fonctionnement de l’État plus efficient.
En promettant l’intensification de la lutte anti-corruption et des réformes structurelles, le Président a répondu aux critiques récurrentes sur la lenteur de l’administration et la mauvaise gestion. En focalisant sur les jeunes et les femmes, il tente d’adresser les moteurs du mécontentement social. L’annonce des réformes institutionnelles, sans en détailler la teneur, laissait alors présager une possible adaptation de l’appareil d’État aux « exigences de notre environnement », potentiellement en lien avec la décentralisation ou l’amélioration de la gouvernance locale.
Le discours d’investiture de Paul Biya a été un plaidoyer pour la résilience. Adoptant un style courant, clair et didactique, le Chef de l’État a utilisé un langage journalistique de crise pour marteler ses priorités. Le ton général était un mélange de paternalisme rassurant (en reconnaissant les difficultés) et de fermeté républicaine.
En définitive, le message principal du 6 novembre était que, malgré les turbulences, l’État camerounais maintiendra son cap vers l’émergence, mais qu’il le fera sans tolérer aucune atteinte à son intégrité territoriale. Les Camerounais attendent dès lors la traduction concrète de cet appel à l’union et de cette promesse de fermeté sur le terrain.
