Sodecoton: L’ambition qui secoue la finance régionale

Gazelle D'Afrique
CREATOR: gd-jpeg v1.0 (using IJG JPEG v90), quality = 82?

Pour financer sa future huilerie de 20 milliards de FCFA à Ngaoundéré, la Sodecoton, sous l’impulsion de son Directeur Général, Mohamadou Bayero Bounou, bouscule les codes de la finance sous-régionale. En sollicitant Afriland First Bank pour activer le mystérieux « guichet spécial de refinancement » de la BEAC, le géant du septentrion ne fait pas que sécuriser 12 milliards de FCFA : il ouvre une brèche historique pour l’investissement productif en zone Cemac.

L’annonce a l’effet d’un déclic économique. La Société de développement du coton (Sodecoton), mastodonte économique des trois régions septentrionales du Cameroun, s’apprête à implanter une huilerie moderne dans l’Adamaoua. Si l’infrastructure en elle-même est une promesse de croissance pour la filière de l’or blanc, c’est la structure de son ingénierie financière qui retient toute l’attention des analystes.

Sous la houlette de Mohamadou Bayero Bounou, l’entreprise ne se contente plus de produire ; elle s’impose en pionnière de la modernisation industrielle et financière du Cameroun. Pour mobiliser l’enveloppe globale de 20 milliards de FCFA nécessaire au projet, la Sodecoton a mis en mouvement un mécanisme financier audacieux qui fait école.

Le montage est d’une remarquable subtilité. Afriland First Bank, chef de file du consortium de banques locales, s’est tournée vers la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) pour actionner son « guichet spécial de refinancement ». Cet instrument d’intervention, longtemps baptisé « guichet B », est resté paradoxalement ignoré par la majorité des financiers de la sous-région depuis les années 1990.

Il aura fallu une campagne de sensibilisation menée en 2025 par le gouverneur de la banque centrale, Yvon Sana Bangui, pour que les banques commerciales mesurent enfin la portée de cet outil. Conformément aux règles de la BEAC, ce mécanisme peut prendre en charge jusqu’à 60 % du coût global d’un projet destiné à l’investissement productif. Pour l’huilerie de Ngaoundéré, ce sont ainsi 12 milliards de FCFA de liquidités saines et à coût maîtrisé qui pourraient être injectés par l’institut d’émission.

La portée économique de cette opération dépasse largement les frontières de l’Adamaoua. Pour le Cameroun, l’activation de ce levier financier offre trois retombées majeures : L’accélération de l’import-substitution : En transformant localement les graines de coton en huile de table, la Sodecoton réduit la dépendance du pays vis-à-vis des importations d’huiles végétales et soulage la balance commerciale nationale. La création d’emplois et de valeur : L’implantation à Ngaoundéré crée un nouveau pôle de développement, consolidant le rôle de la Sodecoton comme premier employeur du septentrion. La baisse des coûts du crédit : En se refinançant auprès de la BEAC, les banques commerciales accèdent à des ressources moins chères, ce qui allège le coût du crédit pour l’entreprise emprunteuse.

Ce projet s’inscrit dans une dynamique vertueuse globale. Déjà en 2025, ce guichet a permis d’injecter des dizaines de milliards de FCFA dans le fer de Bipindi-Grand-Zambi, le réseau de Camtel ou encore le secteur minier au Congo.

En osant actionner ce levier pour l’huilerie de Ngaoundéré, le top management de la Sodecoton démontre qu’une entreprise publique peut allier ambition industrielle et opportunisme financier de haut vol. Un cas d’école qui devrait inciter d’autres projets structurants, à l’instar de la réhabilitation de la Sonara, à emprunter la même trajectoire de croissance.

Arsène Nna 

Aucun commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *