Plongée dans un gouffre financier et agronomique entre 2014 et 2016, la Société de Développement du Coton du Cameroun (SODECOTON) affiche aujourd’hui une santé de fer insolente. Portée par le Plan de Redressement 2017-2022 puis par un Plan Stratégique ambitieux, l’entreprise a opéré un virage spectaculaire sous l’impulsion de son Directeur Général, Mohamadou Bayero Bounou, nommé en 2016. Analyse rigoureuse d’une métamorphose managériale et industrielle sans précédent, qui hisse la filière camerounaise au sommet du continent africain.
Pour mesurer l’ampleur du miracle, il convient de scruter le rétroviseur. Entre 2014 et 2016, la SODECOTON traverse l’une des zones de turbulences les plus sombres de son histoire. Sous la gestion du précédent top management, tous les indicateurs virent au rouge cramoisi. La baisse drastique des performances agricoles s’accompagne d’un effondrement financier d’une violence rare : la société accumule un déficit abyssal de 35,952 milliards de FCFA de pertes cumulées.
Cette saignée financière réduit les fonds propres de l’agro-industrie à une peau de chagrin, culminant au niveau historiquement bas de 0,522 milliard de FCFA en 2016. L’outil industriel est alors à l’agonie, le réseau logistique vétuste et la confiance des producteurs locaux totalement rompue. C’est dans ce paysage de désolation agropastorale que Mohamadou Bayero Bounou prend les rênes en 2016, investi d’une mission quasi impossible : sauver le poumon économique du Cameroun Septentrional.
Dès sa prise de fonction, le nouveau Directeur Général insuffle une méthodologie de rupture. La priorité absolue est redonnée à la terre et à l’encadrement de proximité des paysans à travers la Direction de la Production Agricole (DPA). Les résultats ne se font pas attendre. Les surfaces emblavées, qui stagnaient à 183 871 hectares lors de la campagne 2016-2017, bondissent pour atteindre 241 563 hectares en 2023-2024.
Cette extension des surfaces se double d’une optimisation spectaculaire du rendement moyen, qui passe de 1 306 kg/ha à 1 631 kg/ha sur la même période grâce à la recherche agronomique et à la fourniture de semences sélectionnées. Le verdict des balances est sans appel : la production de coton graine explose, passant de 240 219 tonnes à un niveau record de 394 143 tonnes. Cette performance consacre le Cameroun comme une référence absolue de la culture pluviale, non seulement sur le plan national, mais à l’échelle de toute l’Afrique.
Le génie de la méthode Bayero Bounou réside dans le traitement simultané de l’amont agricole et de l’aval industriel. Sous son leadership, les capacités opérationnelles des usines de la SODECOTON font un saut quantique, passant de 50 % à plus de 95 %. La capacité d’égrenage est ainsi propulsée de 160 000 tonnes en 2015-2016 à un impressionnant volume de 340 000 tonnes en 2023-2024.
Parallèlement, la production de fibre de coton se hisse à 160 523 tonnes contre 121 500 tonnes au début du mandat. L’activité de trituration n’est pas en reste, permettant de diversifier les sources de revenus. La production d’huile végétale raffinée (la célèbre marque Diamaor) fait plus que doubler, passant de 12 millions de litres à 21 millions de litres, tandis que les tourteaux destinés à l’alimentation du bétail passent de 60 000 à 77 000 tonnes, soulageant ainsi les éleveurs de la région.
Aucune industrie ne peut prospérer sans une logistique d’acier et une énergie stable. Le top management actuel l’a parfaitement compris en faisant l’acquisition de 100 camions poly-bennes (90 financés en propre par la SODECOTON et 10 par le MINADER) pour sécuriser l’évacuation rapide du coton graine des champs vers les usines. Pour désenclaver les bassins de production, la société procède à la réhabilitation annuelle de 8 000 à 9 000 km de pistes rurales.
Sur le front énergétique, face aux délestages chroniques qui paralysaient autrefois l’outil de production, le DG a fait le choix audacieux d’acquérir 50 groupes électrogènes industriels pour sécuriser les usines. Bien que cette alternative engendre un surcoût de consommation de carburant estimé à près de 50 000 litres par jour, elle garantit une continuité d’exploitation sans rupture, clé de voûte des performances industrielles actuelles.
Sur le plan comptable, le redressement s’apparente à un véritable tour de force. En l’espace de quelques années, l’équipe dirigeante a effacé l’ardoise des exercices passés. Les fonds propres, qui menaient à la faillite, ont été magnifiquement reconstitués pour atteindre 21,586 milliards de FCFA à l’horizon 2024. Mieux encore, plus de 14,725 milliards de FCFA ont été distribués sous forme de dividendes et en abondement du fonds de gestion du risque prix du coton graine.
Au total, ce sont environ 35,462 milliards de FCFA qui ont été réinjectés dans la machine, consolidant durablement la structure financière de la société. Le chiffre d’affaires traduit parfaitement ce changement de dimension : il a tout simplement plus que doublé, bondissant de 107,63 milliards de FCFA en 2016 à 223,35 milliards de FCFA en 2024. Une démonstration implacable de rentabilité retrouvée.
Au-delà des purs indicateurs financiers, le top management de Mohamadou Bayero Bounou a redonné ses lettres de noblesse aux missions de service public de la SODECOTON. L’entreprise encadre désormais plus de 150 000 producteurs de coton par an, en partenariat avec le MINADER. Elle assure également le suivi et le soutien de l’élevage au sein de 1 800 coopératives en lien avec le MINEPIA, prouvant ainsi son rôle de locomotive sociale et de chef d’orchestre incontesté du développement du Grand Nord-Cameroun.
Arsène Nna





