Le 8 mai 2026 marque un tournant historique pour le paysage énergétique camerounais. Avec l’installation d’Oumarou Hamandjoda à la tête de la SOCADEL, l’État reprend officiellement les rênes de la distribution électrique après l’ère ENEO. Entre promesse de souveraineté retrouvée et urgence de redressement technique, décryptage d’un pari industriel majeur pour le septennat des grandes opportunités.
C’est la fin d’un cycle. En actant la mutation d’ENEO en SOCADEL (Société Camerounaise d’Électricité) , le Président Paul Biya répond à une exigence populaire de plus en plus pressante : celle de la souveraineté énergétique. Après des années passées sous le giron de capitaux privés étrangers, la gestion de l’électricité redevient une affaire nationale. Ce virage n’est pas qu’administratif, il est hautement stratégique. Il s’agit de reprendre le contrôle sur un levier de développement essentiel qui a longtemps semblé privilégier la rentabilité financière sur le service public.
Le diagnostic posé par le Ministre Gaston Eloundou Essomba est sans complaisance : déficit financier structurel, infrastructures vétustes et érosion de la confiance des usagers. Les « 100 jours » accordés à la nouvelle équipe ne sont pas un simple délai de grâce, mais un test de crédibilité immédiat. La mission est titanesque : augmenter les revenus tout en améliorant la qualité d’un service souvent critiqué pour ses coupures chroniques.
L’accent mis sur la migration vers le prépayé et le Smart Grid montre une volonté de moderniser radicalement la relation client. En finir avec les factures estimatives contestées et la fraude massive, c’est restaurer un contrat de confiance indispensable. La création d’une brigade nationale de lutte contre la fraude souligne que la rigueur sera le nouveau maître-mot de cette ère souveraine.
Pour piloter ce paquebot, le choix d’Oumarou Hamandjoda s’appuie sur une expertise technique incontestable. Fin connaisseur du réseau électrique national, il possède l’atout majeur de la légitimité et de la connaissance du terrain. Sa vision, articulée autour de la proximité et de la transparence, rompt avec l’image d’une gestion lointaine.
Son appel à la cohésion avec les autres acteurs du secteur (EDC, SONATREL, GLOBELEQ) est crucial : dans le système électrique, la performance est une chaîne. Si un maillon rompt, tout le pays s’éteint. Le nouveau DG devra donc non seulement réparer les câbles, mais aussi bâtir des ponts entre les institutions pour une synergie enfin réelle.
L’avenir de la SOCADEL sera le baromètre de l’émergence économique du pays. Les Camerounais n’attendent plus des promesses, mais de la lumière constante dans leurs foyers. Si la nouvelle équipe réussit à stabiliser le réseau et à humaniser le service client, cette reprise en main par l’État sera saluée comme l’acte de naissance d’un nouveau dynamisme industriel. Le défi est lancé : transformer l’énergie électrique en un véritable moteur de croissance inclusive pour chaque foyer camerounais.
Abdouramane Adam
