La surveillance des produits de santé au Cameroun traverse une période critique. Le système national de vigilance, chargé de la détection et de la notification des effets indésirables, a enregistré une baisse alarmante de 70% des signalements au premier semestre 2025. Cette chute drastique, révélée par la Direction de la Pharmacie, du Médicament et des Laboratoires (DPML), suscite de vives inquiétudes quant à l’efficacité de la protection de la santé publique et met en lumière des lacunes structurelles et opérationnelles.
Alors que le pays se repose sur ce système pour garantir la sécurité de sa population, cette régression interpelle et appelle à des mesures urgentes pour enrayer une dynamique dangereuse.
Les chiffres sont sans appel et témoignent d’une défaillance préoccupante. Au cours du premier semestre 2024, le système de surveillance avait recensé 1 835 cas d’effets indésirables, dont 70% liés aux vaccins. Un an plus tard, pour la même période, ce nombre s’est effondré à seulement 550 cas, soit une diminution de plus des deux tiers.
Les données, présentées lors de la réunion de coordination semestrielle du système national des vigilances à Soa, du 20 au 22 août 2025, révèlent une situation alarmante sur l’ensemble du territoire, à l’exception notable de la région du Nord-Ouest. La quasi-totalité des neuf autres régions a enregistré une baisse significative des signalements. La région du Littoral, par exemple, a vu ses notifications chuter de 365 à 103, tandis que l’Adamaoua passait de 69 à 62. Mais la situation la plus alarmante est celle de la région du Sud-Ouest, où les signalements sont passés de 310 à une poignée de neuf cas, une régression de plus de 97% qui suscite de sérieuses interrogations.
Ces chiffres accablants reflètent un dysfonctionnement majeur qui menace directement la sécurité sanitaire des populations.
Cette régression s’explique par une série de contraintes persistantes qui entravent le bon fonctionnement du système. Le rapport de la DPML a pointé du doigt la faible remontée des données, les difficultés de financement pour la prise en charge des patients affectés, et surtout, l’absence de ressources financières adéquates pour la conduite des activités de surveillance sur le terrain.
Ces obstacles sont exacerbés par une méconnaissance généralisée de l’importance des vigilances au sein de l’écosystème de santé, ainsi qu’une communication souvent jugée inadaptée autour des effets indésirables.
Malgré ces difficultés, les efforts déployés par les Points Focaux Régionaux (PFR) ont été salués lors de cette rencontre. Leurs activités, telles que les visites de supervision dans les formations sanitaires, les sessions de formation et de sensibilisation du personnel de santé, ainsi que la vérification des conditions de conservation et de mise sur le marché des médicaments, ont permis de maintenir un semblant de continuité du système.
Des programmes nationaux de lutte contre diverses maladies (PEV, PNLP, etc.) ont également présenté des synthèses détaillées des réactions indésirables, soulignant l’engagement de certains acteurs.
Face à l’ampleur des défis, les participants à la réunion ont formulé des recommandations concrètes pour redresser la situation. Il a été jugé impératif de renforcer la coordination entre les différents acteurs du système de vigilances et d’intégrer pleinement les PFR dans les programmes de santé nationaux.
Par ailleurs, un effort considérable doit être consenti pour le renforcement des capacités du personnel de santé. Cette initiative vise à améliorer la détection et la notification des effets indésirables, éléments essentiels pour assurer une pharmacovigilance robuste et garantir la sécurité des produits de santé.
Il faut conclure en disant que la protection de la santé publique dépend intrinsèquement de la capacité du système de vigilance à fonctionner de manière optimale. La dégradation actuelle des performances du système national est un signal d’alarme qui ne peut être ignoré.
Arsène Nna





