À 39 kilomètres de Kousseri, les habitants du village de Tildé ne tremblent plus à la vue du ciel qui s’assombrit. Rongée pendant des années par l’angoisse de la montée des eaux, cette communauté de l’Extrême-Nord vient de voir s’élever un rempart d’espoir : une digue de protection de plus d’un kilomètre, construite par l’ONG LWF. Récit d’une délivrance.
Pendant trop longtemps, la saison des pluies n’a pas été synonyme de vie à Tildé, mais de cauchemar. Chaque nuit, les villageois guettaient le clapotis menaçant du fleuve, redoutant l’instant fatal où les eaux envahiraient les concessions. Des champs de cultures engloutis en quelques heures, du bétail emporté sous les yeux impuissants des éleveurs, des maisons de terre s’effondrant comme des châteaux de cartes… Le souvenir des campagnes passées reste gravé dans la mémoire collective comme une succession de deuils matériels et d’épuisement moral.
« Retrouver le sommeil que nous avions perdu » : cette expression, murmurée aujourd’hui par la population soulagée, résume à elle seule le calvaire enduré.
Ce lundi 17 août 2026, l’atmosphère dans les ruelles du village n’avait plus rien à voir avec celle de la détresse. Lors de l’inauguration provisoire de l’ouvrage, en présence du Préfet du Logone-et-Chari et de son État-Major, l’émotion était palpable chez les doyens comme chez les plus jeunes.
Pour les habitants, la digue de plus d’un kilomètre qui ceinture désormais le village dépasse la simple maçonnerie de terre et de génie civil : c’est la fin d’un sentiment d’abandon face aux éléments déchaînés. Cette fois, la solidarité a pris le dessus sur la fatalité.
Cette action salvatrice de la Fédération Luthérienne Mondiale (Lutheran World Federation – LWF) concrétise sur le terrain la stratégie d’urgence préconisée récemment à la préfecture de Kousseri. Là où la colère de la nature dévastait tout sur son passage, une synergie entre autorités locales, maires et humanitaires a permis de reconstruire une barrière protectrice.
En signant à Tildé sa 7ᵉ infrastructure de lutte contre les inondations dans le département, l’ONG LWF n’a pas seulement coulé du béton ou déplacé de la terre : elle a redonné de la dignité, de la quiétude et un avenir à toute une communauté.
Abel Anour Fatha


