La récente sortie du Ministre Joseph Le, suite à une réunion entre les forces vives de la région de l’Est et le Secrétaire Général de la Présidence de la République, visant à réaffirmer le soutien au Président Paul Biya pour l’élection présidentielle d’octobre 2025, suscite une réaction cinglante de Raymond Chiya Zok, Président national du Rassemblement des Démocrates Indépendants (RDI) et fervent fils de l’Est.
Dans un droit de réponse incisif, Monsieur Chiya Zok met en lumière les désillusions et les frustrations profondes d’une région qui se sent trahie par des promesses jamais tenues. Raymond Chiya Zok, tout en reconnaissant les capacités intellectuelles des personnalités présentes à cette rencontre, y compris celles du Ministre Le, dénonce avec force la confusion persistante entre la volonté des militants du parti au pouvoir et celle de l’ensemble des populations de l’Est. « Cette confusion vous pousse à croire, à tort, que vous êtes le porte-voix légitimes de toute une région. Ce que vous n’êtes pas, » affirme-t-il, rejetant catégoriquement toute prétention du parti au pouvoir à incarner la voix unanime de l’Est.
L’auteur concède que la région devrait s’exprimer d’une seule voix et s’accorde sur le fait que cette voix ne saurait être celle de « vendeurs d’illusions ». Cependant, il inverse cette accusation, pointant du doigt les responsables politiques du régime en place.
« Au vu des promesses non tenues, de la misère persistante, du sous-développement chronique, du mépris et de l’oubli dont souffre notre région, les véritables vendeurs d’illusions, c’est vous, » lance-t-il, avec une audace qui résonne avec le sentiment populaire.
Le texte est un réquisitoire implacable contre l’immobilisme et le manque de résultats concrets. Raymond Chiya Zok énumère une série de projets structurants restés au stade des promesses, des symboles tangibles du « malheur collectif » de la région. Il interpelle directement sur le sort des chantiers abandonnés ou inachevés : « Où est le chantier du pied de grue de Lom Pangar ? Où sont les routes Mampang-Angossas, Abong-Mbang-Lomié, Batouri-Yokadouma ? Où en sont les marchés frontaliers de Gari-Gombo, Garoua-Boulaï, Socambo ? Et nos routes défoncées ? Nos écoles en ruine ? Nos hôpitaux sans équipement ? » Ces questions rhétoriques peignent un tableau sombre de la réalité vécue par les populations.
Le Président du RDI n’hésite pas à attribuer au Président Paul Biya le surnom acerbe de « Papa Promesse », un qualificatif qui, selon lui, n’est « hélas, pas très loin de ‘vendeur d’illusions' ». Il exhorte les responsables du parti au pouvoir à parler uniquement au nom de leurs militants, car, insiste-t-il, ils « n’ont reçu aucun mandat populaire » pour représenter toute la région.
La jeunesse de l’Est, souvent courtisée à l’approche des élections et rapidement oubliée après, est également au cœur des préoccupations de Raymond Chiya Zok. Il pose une question poignante : « Quel est le nom d’un fils de pauvre que vous avez aidé à intégrer l’ENAM, cycle A ? » Cette interrogation souligne l’iniquité sociale et le clientélisme dénoncés par de nombreux observateurs.
L’auteur s’interroge sur la logique derrière l’envoi d’une délégation au Secrétaire Général de la Présidence, alors que l’Est a massivement voté pour Paul Biya en 2018. « Faut-il comprendre que la gouvernance par procuration est désormais la norme dans notre pays ? » demande-t-il, insinuant une distanciation du pouvoir central vis-à-vis des attentes directes de la population.
En conclusion, Raymond Chiya Zok lance un vibrant appel à ses « chers frères et sœurs de l’Est » à ne plus se résigner. « Nous ne sommes pas maudits, » affirme-t-il, les invitant à « ouvrir les yeux » et à ne pas se contenter des offres politiques actuelles.
Il les exhorte à « attendre les offres politiques, économiques, sociales, culturelles et administratives des autres candidats, » à « comparer, évaluer et exiger » des solutions concrètes pour leur région.
Le texte se termine par deux questions fondamentales qui mettent en exergue la sous-représentation notoire de la région de l’Est au sein des sphères de pouvoir au Cameroun, malgré ses quarante-trois années de loyauté : * « Comment expliquer qu’en 43 ans de pouvoir, aucun fils de la Boumba-et-Ngoko n’ait été nommé ministre de plein exercice ? »; « Pourquoi, en 43 ans, aucun fils de l’Est n’a été nommé Premier Ministre, Ministre d’État, Président de l’Assemblée Nationale, Président du Sénat ou Secrétaire Général de la Présidence ? Pourquoi, en 2025, aucun fils de l’Est n’a encore été consacré Évêque ? » Ces interrogations, empreintes d’un sentiment d’injustice, soulignent le désir ardent de la région de l’Est de « rêver de développement, de respect, de prospérité, de dignité » et d’obtenir enfin la reconnaissance qu’elle estime mériter.
Antoine Isidore
