Consécration à l’UNESCO : Le Guruna, Patrimoine Vivant du Tchad et du Cameroun

Gazelle D'Afrique
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C’est une reconnaissance historique pour l’Afrique Centrale. Le Guruna, la pratique des retraites pastorales, socioculturelles et artistiques autour du bétail chez le peuple Massa, a été officiellement inscrite sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO. Cette consécration, annoncée en marge de la 20e session de l’organisation, confirme la place du Tchad et celle du Cameroun comme « berceau de cultures authentiques ancestrales » et célèbre l’union culturelle des peuples Massa au-delà des frontières géographiques. Fruit d’une candidature binationale exemplaire, le Guruna est désormais reconnu mondialement comme une véritable « école de vie », essentielle à la transmission des savoirs, des valeurs de cohésion sociale et du lien sacré entre l’homme et l’animal. Retour sur le sens de cette tradition millénaire et l’aboutissement d’un long processus de candidature salué au plus haut niveau de l’État.

Le Guruna est l’essence même de l’éducation et de l’identité pour la communauté Massa, établie de part et d’autre de la frontière entre le Tchad et le Cameroun. Cette pratique ancestrale se définit comme une retraite collective et saisonnière autour du bétail, impliquant jeunes garçons, filles et adultes, qui se retirent dans des campements pour des périodes variables. Le Guruna n’est pas figé ; il s’adapte au cycle des saisons et aux besoins pastoraux, se déclinant en quatre types majeurs: Le Guruna Fatna a lieu de mars à juin. Le Guruna Siagamma se pratique aux abords des campements villageois, de juillet à août. Le Guruna Wèllé, de septembre à octobre, est destiné aux retardataires. Le Guruna Sarmana ou Tchayna se tient de novembre à décembre.

Durant ces sessions, les jeunes acquièrent de manière pratique et orale les cinq domaines du patrimoine culturel immatériel Massa, notamment les rituels, les savoir-faire vétérinaires, la lutte traditionnelle, la musique, la danse et l’artisanat.

L’organisation du Guruna repose sur une structure sociale rigoureuse : Les Maîtres du Guruna garantissent la sécurité et le bon fonctionnement du campement. Les Chefs de canton et les Chefs de terre autorisent et sécurisent les lieux. Les Devins sont consultés pour assurer l’harmonie et le succès de la retraite. Les Adultes accompagnateurs encadrent les jeunes, transmettant l’histoire, la culture et les valeurs (cohésion sociale, solidarité, respect).

Bien au-delà d’une simple transhumance, le Guruna est un socle de valeurs qui résonnent avec les enjeux du 21e siècle. Transmission des savoirs traditionnels, des valeurs culturelles et des codes de conduite Massa. Préparation aux travaux collectifs et aux prêts de bétail. Initiation à la lutte traditionnelle. Apprentissage de la musique, de la danse et de l’artisanat. Célébration de la relation étroite entre le Massa et la vache.

Le Guruna est pleinement compatible avec les instruments internationaux relatifs aux droits humains. Il promeut le respect mutuel, l’égalité et l’inclusion, notamment en veillant aux droits culturels des enfants et à la participation des femmes et des jeunes filles. Il garantit une pratique culturelle qui « valorise respect, égalité et cohésion sociale ». La pratique contribue à la visibilité, au dialogue et au développement durable. Elle favorise la sauvegarde du patrimoine naturel en incitant au regroupement du bétail pour préserver le couvert végétal et encourage l’amélioration du cheptel par des soins vétérinaires appropriés. Elle est un vecteur global de « durabilité, alliant éducation, alimentation, santé, inclusion, environnement, économie et paix sociale ».

L’inscription officielle est l’aboutissement d’un long processus de candidature marqué par une forte mobilisation politique et communautaire. Depuis 2003, les associations Massa du Tchad (Tapi-Kep) et du Cameroun (Tokna/Pii) organisent un festival culturel biennal pour promouvoir leur patrimoine. C’est en 2016 que les associations ont exprimé le souhait d’inscrire le Guruna sur la Liste représentative de l’UNESCO. La communauté a participé activement à toutes les étapes, de l’identification à la définition de l’élément.

Le succès de la candidature repose sur le soutien explicite des Chefs d’État du Tchad et du Cameroun, salué par le Président Mahamat Idriss Deby Itno comme une preuve de l’union des peuples africains. L’équipe conjointe binationale a bénéficié de l’engagement de nombreuses personnalités : M. MOUMNOUNNA FOUTSOU (Cameroun), Président du Comité de Candidature. M. GUIBOLG FANGA MATHIEU (Tchad), Ministre en charge du Commerce. Mme OODE HOUEDJIKOSSE, cheffe du secteur Culture de l’UNESCO pour l’Afrique Centrale. * Des experts facilitateurs de la convention 2003 comme M. SIDI TRAORÉ et Dr JEAN MOUTARD GNAPO NKAM.Cette réussite est considérée par le Tchad comme une priorité pour « la promotion de notre identité nationale et l’affirmation de notre diversité culturelle ».

L’inscription s’accompagne de mesures de sauvegarde planifiées pour assurer la pérennité du Guruna. Ces mesures incluent: Sensibilisation de la communauté Massa sur l’importance de la sauvegarde du Guruna. Revitalisation/Transmission par l’intégration de la pratique dans les différents villages et le respect du calendrier scolaire. Promotion/Mise en valeur via des productions audiovisuelles et des événements culturels. Préservation/Protection des espaces territoriaux du Guruna.

En conférant au Guruna le statut de patrimoine de l’humanité, le Tchad et le Cameroun s’engagent à préserver et à transmettre cette mémoire vivante, essentielle à la richesse culturelle et à l’unité du peuple Massa.

Abdoul Salam Moumini

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