Au terme de quatorze jours de travaux intenses au cœur des administrations financières de la capitale camerounaise, les émissaires de Bretton Woods ont rendu leur verdict. Ce 30 septembre 2026, la mission du Fonds monétaire international (FMI), menée par Christine Dieterich, a présenté ses conclusions face aux hauts responsables de l’État, emmenés par le Ministre délégué auprès du Ministre des Finances, Yaouba Abdoulaye, entouré des cadres du MINEPAT, des services du Premier Ministre et de la Présidence.
Sous le vernis courtois du langage diplomatique se dessine un défi d’équilibriste pour les autorités camerounaises : assainir la trajectoire budgétaire de la nation sans étrangler la croissance ni fragiliser le tissu social.
Au centre de ces deux semaines de concertations figure le serpent de mer de l’économie camerounaise : les subventions aux carburants. Alors que les cours mondiaux de l’énergie et des matières premières continuent d’exercer de fortes pressions sur la trésorerie nationale, le FMI maintient sa position dogmatique mais pragmatique : les subventions indifférenciées coûtent trop cher. Elles absorbent des ressources critiques qui feraient grand bien aux écoles, aux hôpitaux et aux routes.
Pour autant, le message remis aux équipes de Yaouba Abdoulaye n’est pas un diktat aveugle. L’institution financière plaide pour une reconfiguration chirurgicale du ciblage :
* Réduire l’évaporation budgétaire en éliminant progressivement les soutiens indirects profi tant aux ménages les plus aisés et aux circuits de contrebande.
* Construire un bouclier ciblé permettant de rediriger directement les aides financières vers les populations les plus vulnérables.
Pour le gouvernement, la ligne rouge reste le maintien du pouvoir d’achat et la préservation du calme social dans un paysage socio-économique sensible.
L’autre volet brûlant du rapport concerne la soutenebilité de la dette publique. Si le Cameroun conserve un profil de risque jugé maîtrisable en comparaison de certains voisins de la zone CEMAC, le FMI appelle à restreindre fermement le recours aux emprunts coûteux et de court terme.
L’encadrement strict du coût de l’endettement vise à éviter un effet de ciseau létal pour la trésorerie publique, où le service de la dette asphyxierait les capacités d’investissement de l’État. La consigne est claire : assainir les engagements contractés tout en évitant l’accumulation de nouveaux arriérés de paiement aux fournisseurs et sous-traitants nationaux.
La rigueur réclamée par le FMI ne traduit pas une politique d’austérité aveugle. Dans son diagnostic, la mission a vivement encouragé les autorités à réorienter les économies réalisées vers les deux véritables goulets d’étranglement de l’économie camerounaise.
* L’énergie électrique : Sans électricité stable, l’industrialisation portée par la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND30) reste un vœu pieux. L’investissement dans ce secteur est posé comme une urgence absolue.
* Le réseau routier : Relier efficacement les bassins agricoles aux centres urbains et aux ports d’exportation constitue le seul vrai moyen de faire baisser durablement le coût de la vie et stimuler la compétitivité du Made in Cameroon.
Au terme de ce rendez-vous critique du 30 septembre 2026, la feuille de route tracée par la mission Christine Dieterich ne constitue pas une fin, mais une étape charnière.
Le dialogue engagé entre le Cameroun et ses bailleurs de fonds démontre que Yaoundé entend garder la main sur son agenda national de développement. La préservation des équilibres macroéconomiques et budgétaires s’imposera néanmoins comme le prix à payer pour restaurer les marges budgétaires requises et concrétiser les promesses d’amélioration de la vie quotidienne des Camerounais. La véritable épreuve commence dès à présent, lors du prochain arbitrage budgétaire.
Ekoto Alexandre


