Au cœur de l’Adamaoua, les motrices flambant neuves trônent sur les voies, figées dans un silence pesant. Alors que l’opinion publique et les marchés attendaient la première expédition « de l’or gris » national, le projet de bauxite de Minim-Martap vient d’essuyer un coup d’arrêt brutal. L’entreprise minière Camalco et sa maison mère Canyon Resources ont formellement reporté sine die leurs objectifs d’exportation.
Derrière ce blocage, qui laisse en suspens des milliards de francs CFA de recettes potentielles et des milliers d’emplois promis, se cache un bras de fer logistique majeur : comment acheminer plus d’un milliard de tonnes de bauxite vers le port d’exportation ?
La discorde oppose le pragmatisme financier d’un opérateur privé à la vision stratégique d’un État soucieux de ses infrastructures durables.
Cette impasse met à rude épreuve l’attractivité du secteur minier camerounais. Le matériel roulant déjà acquis risque de dépérir sous les intempéries, tandis que les partenaires financiers revoient leurs modèles sous pression. Les communautés locales de l’Adamaoua, qui espéraient un décollage socio-économique rapide, voient les retombées de la rente minière s’éloigner une fois de plus.
Le dilemme de Minim-Martap met en lumière la tension permanente entre l’urgence des rendements capitaux et le développement d’infrastructures durables.
Céder à une solution routière exclusive offrirait un répit financier immédiat à l’opérateur, mais ferait porter le coût de la réfection des routes à la collectivité tout en dégradant le cadre de vie des riverains. À l’inverse, l’intransigeance absolue sur le fer — sans solution transitoire encadrée — risque d’asphyxier le projet dans des négociations interminables.
Le salut du projet reposera sur la capacité des deux parties à sceller un compromis phasé : une montée en charge routière temporaire et strictement réglementée, assortie d’engagements contractuels fermes pour la livraison du réseau ferroviaire.
La Rédaction

