​Filière cuir à Maroua : Vers une révolution industrielle locale

Gazelle D'Afrique

En lançant ce mercredi 22 juillet 2026 un ambitieux chantier de structuration de la filière cuir, le Conseil Régional de l’Extrême-Nord, sous la houlette du Pr Haman-Djalo, s’attaque à un géant endormi. Au-delà de la simple concertation, cette initiative ambitionne de transformer un savoir-faire artisanal informel en une véritable industrie compétitive. Une stratégie audacieuse qui interroge la capacité de la région à valoriser ses ressources locales pour impacter durablement le quotidien de ses populations.

La réunion du Comité de concertation tenue le 22 juillet 2026 à Maroua marque un tournant potentiel pour l’économie de l’Extrême-Nord. En s’attaquant à la chaîne de valeur du cuir — des collecteurs de peaux aux artisans maroquiniers —, le Conseil Régional de l’Extrême-Nord (CREN) ne se contente pas de lancer un énième projet institutionnel ; il pose les jalons d’une véritable mutation structurelle.

L’Extrême-Nord dispose d’une tradition historique dans l’élevage et l’artisanat du cuir. Pourtant, le constat dressé par les experts, les administrations et les acteurs de terrain est sans appel : la filière souffre d’une fragmentation chronique. Le manque d’organisation des acteurs, l’enclavement des marchés et les difficultés de transformation confinent ce secteur dans une économie de survie. Les artisans locaux produisent avec talent, mais peinent à vivre dignement de leur art ou à exporter au-delà des frontières régionales.

En créant ce cadre de concertation, le Conseil Régional met le doigt sur le véritable mal de l’artisanat local : l’absence d’une synergie organisée qui permettrait de passer de l’artisanat de subsistance à une économie d’échelle.

Ce qui distingue cette initiative des promesses passées, c’est la rigueur méthodologique affichée. La mise en place immédiate d’un groupe technique de travail chargé de rédiger les Termes de Référence (TDR), couplée à une étude de faisabilité de trois mois et à des descentes sur le terrain, démontre une volonté d’agir sur des bases scientifiques et réalistes.

En fixant un rendez-vous dès le 30 juillet 2026 pour la restitution, l’institution impose un calendrier serré qui témoigne d’une urgence d’agir. L’objectif n’est pas seulement de faire un constat, mais de concevoir un projet « exportable » et structurant.

Pour les populations locales, en particulier les jeunes et les femmes souvent cantonnés dans les petits métiers de la cordonnerie ou de la collecte, les retombées de cette démarche pourraient être majeures :

* Création d’emplois décents : Une filière structurée génère de la valeur ajoutée, formalise les emplois et attire de nouveaux investissements.

* Valorisation du terroir : Transformer le cuir sur place signifie que la richesse produite reste dans la région, au lieu d’être exportée à l’état brut pour être transformée ailleurs.

* Autonomisation des artisans : En facilitant l’accès aux marchés et en modernisant les techniques des tanneurs et maroquiniers, le projet redonne de la dignité à des métiers traditionnels.

En somme, si le pari de la compétitivité et de l’exportation est tenu, cette initiative du Conseil Régional de l’Extrême-Nord pourrait bien transformer un artisanat de tradition en un pôle d’excellence industrielle, redessinant ainsi le visage économique de toute la région.

Arsène Nna 

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