« Les résultats enregistrés confirment la montée en puissance du Bureau de Barndaké »
Récemment promu au rang de Bureau Principal hors classe par décision ministérielle, le poste frontalier de Barndaké, dans la région du Nord, traverse une période de dynamisme sans précédent. Entre l’explosion des recettes douanières portée par la filière automobile, la surveillance d’une frontière fluviale complexe sur la Bénoué et les défis logistiques du quotidien, son Chef de Bureau, l’Inspecteur Principal ISSA VAGANA, dresse un bilan sans concession du premier semestre 2026 et décline ses priorités pour l’avenir.
Propos recueillis par Félix SWABOKA
Monsieur le Chef de Bureau, pouvez-vous présenter le Bureau Principal des Douanes hors classe de Barndaké et nous expliquer son importance stratégique dans le dispositif douanier national ?
ISSA VAGANA : Érigé en Bureau Principal hors classe aux termes de l’arrêté N°00000528/MINFI du 18 juin 2026, le bureau de Barndaké est une unité frontalière terrestre adjacente au Nigeria. Il possède une particularité géographique majeure : son rayon de compétence s’étend sur le plan d’eau du fleuve Bénoué, qui constitue une voie essentielle d’entrée et de sortie des marchandises.
Au sein du secteur des douanes du Nord, Barndaké compte parmi les bureaux de plein exercice. Avec le Bureau de Gaschiga, ce sont nos deux unités de collecte qui mobilisent l’essentiel des recettes douanières de la région. De par sa position privilégiée, il joue un rôle hautement stratégique dans les échanges commerciaux avec le Nigeria en traitant un volume important d’importations et d’opérations douanières diverses.
Quel bilan global dressez-vous des activités menées au cours du premier semestre 2026 ?
ISSA VAGANA : Le bilan est extrêmement positif. Sur des prévisions de recettes budgétaires initialement fixées à la somme de 1 045 000 000 FCFA, le Bureau de Barndaké a mobilisé un total de 1 575 804 715 FCFA en valeur absolue. Cela représente un taux de réalisation de 150,79 % en valeur relative. Si l’on s’en tient aux seules recettes budgétaires déduites, celles-ci s’élèvent à 1 268 157 097 FCFA, soit un taux de réalisation net de 121,35 % par rapport aux objectifs fixés.
Au vu de ces chiffres, les objectifs de mobilisation ont donc été largement atteints. Quels ont été les leviers de cette performance sur le terrain ?
ISSA VAGANA : Au regard des résultats que je viens d’évoquer, il est évident que les objectifs de mobilisation ont été atteints et dépassés. Ces excellentes performances découlent directement de l’attention particulière que notre service accorde aux usagers, ainsi que de notre diligence dans le traitement des opérations de dédouanement. Pour vous donner un ordre de grandeur, au cours de ce premier semestre, environ 1 402 véhicules, matériels roulants, motocycles, tricycles, cargaisons de lubrifiants et autres marchandises diverses ont été traités par nos équipes.
Quels sont aujourd’hui les principaux produits ou marchandises qui génèrent les recettes les plus importantes pour votre bureau ?
ISSA VAGANA : Il y a eu un vrai changement de paradigme. Avant 2024, l’essentiel de nos recettes reposait sur le dédouanement des lubrifiants importés. Depuis, sous l’effet de divers facteurs, notamment externes, l’activité de cette filière a considérablement régressé au point de devenir presque négligeable aujourd’hui. Désormais, c’est le dédouanement des véhicules et des matériels roulants importés qui constitue notre principale locomotive financière. Cette filière représente en moyenne 80 % de nos perceptions mensuelles globales.
La lutte contre la fraude et le commerce illicite reste une priorité absolue pour l’administration douanière. Quelles sont les principales formes de fraude observées dans votre circonscription ?
ISSA VAGANA : Dans notre zone, la fraude prend principalement la forme de la contrebande de véhicules de tourisme et de marchandises de consommation courante, acheminées par des moyens de transport légers pour tenter d’échapper aux contrôles.
Pouvez-vous nous présenter quelques saisies ou opérations majeures réalisées par vos services au cours de ce premier semestre ?
ISSA VAGANA : En tant qu’unité de collecte, le Bureau Principal de Barndaké opère ses saisies de manière accessoire, par l’entremise des unités de contrôle qui lui sont rattachées. Je pense notamment aux Brigades Commerciale de Barndaké et Mobile de Demsa, qui assurent une surveillance rigoureuse dans la pantière (la zone de surveillance territoriale) dédiée au Bureau. À l’actif direct du Bureau, nous comptons 6 affaires litigieuses majeures au cours du semestre, en plus d’une dizaine d’autres affaires conjointement diligentées avec les brigades. La quasi-totalité de ces dossiers se rapporte soit à des fausses déclarations, soit à la contrebande de véhicules.
Justement, quelles stratégies mettez-vous en œuvre pour renforcer la surveillance de ces frontières et endiguer ces trafics ?
ISSA VAGANA : Notre plan d’action repose sur plusieurs axes complémentaires :
* L’implantation de postes de contrôle tactiques dans les points les plus sensibles et accessibles de notre rayon d’action.
* Des vérifications systématiques des marchandises et des cargaisons dès le franchissement du Bureau.
* La multiplication des concertations et des réunions de sensibilisation avec les opérateurs économiques, les commerçants et les transporteurs, afin de construire une collaboration transparente et franche.
* L’application stricte et rigoureuse des mesures de répression prévues contre les infractions douanières.
Comment votre Bureau parvient-il à concilier ces impératifs de contrôle, parfois stricts, avec la nécessité de faciliter les échanges commerciaux ?
ISSA VAGANA : Pour nous, la facilitation des échanges se traduit par une disponibilité entière envers les usagers, une accélération des procédures de traitement des dossiers et, dans la mesure du possible, l’ouverture de nos locaux les week-ends et jours fériés pour ne pas bloquer l’activité économique.
Quels sont aujourd’hui les principaux défis logistiques ou structurels auxquels se heurte le Bureau de Barndaké ?
ISSA VAGANA : Les défis sont nombreux et importants. Le premier reste la porosité de la frontière, qui est une brèche permanente pour la contrebande. Sur le plan infrastructurel, nous faisons face à une problématique majeure de sécurité des biens et des personnels, car le siège de notre bureau n’est pas clôturé. De plus, l’instabilité chronique du signal internet et de l’énergie électrique dans la localité complique lourdement le travail de nos agents au quotidien.
Enfin, l’enclavement géographique est un frein de taille : les voies d’accès, les routes et certains ouvrages d’art routiers sont soit détériorés, soit totalement inadaptés. Cela contraint malheureusement les cargaisons de grande capacité à se détourner vers d’autres bureaux de douanes, nous privant d’un trafic important.
Quels sont vos objectifs prioritaires pour le second semestre 2026 qui commence ?
ISSA VAGANA : Ce second semestre coïncide avec la saison des pluies, une période météorologique qui ne garantit pas toujours les résultats escomptés. En effet, l’état des routes pendant les pluies fait chuter les entrées de véhicules par Barndaké de près des deux tiers. Malgré cela, nous espérons une rehausse potentielle des flux sur d’autres types de marchandises, notamment les lubrifiants. Quoi qu’il en soit, le service reste pleinement mobilisé pour faire le nécessaire et atteindre nos objectifs mensuels à venir.
Pour conclure, quel message souhaitez-vous adresser aux populations locales, aux opérateurs économiques et aux usagers de la douane ?
ISSA VAGANA : Je tiens à rappeler que le Bureau de Barndaké a d’abord une mission de service public. Les populations riveraines doivent être nos partenaires : elles doivent accompagner nos personnels en nous fournissant des informations et en nous soutenant face aux actes de contrebande, dont notre localité n’est bien souvent qu’un point de passage.
Quant aux usagers et aux opérateurs économiques, ils sont des maillons essentiels du processus de dédouanement. Je leur réaffirme notre entière disponibilité pour leur fournir toutes les informations utiles et mettre en place des mesures de facilitation réalistes, dans le cadre d’un partenariat mutuellement gagnant.

