Identité, Éducation et Paix : Le grand réveil de la communauté Kanuri au Cameroun

Gazelle D'Afrique
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À l’aube d’un sommet historique à Maiduguri, le Professeur Madi Ali, Président national de l’Association Culturelle Kanuri du Cameroun (ACKAC), dresse le bilan de trois décennies d’existence de son organisation. Entre la sauvegarde d’une langue ancestrale menacée, l’appel à l’éducation moderne et la consolidation des liens fraternels avec l’État de Borno au Nigeria, la communauté Kanuri réaffirme son rôle de pilier socio-économique au Cameroun. Retour sur les enjeux d’une identité en pleine renaissance.

Créée il y a 31 ans, l’ACKAC a parcouru un chemin immense. « Au moment de sa création, nous étions dispersés », se souvient le Professeur Madi Ali. Aujourd’hui, la donne a changé. Avec une population estimée à environ 1 800 000 âmes sur le territoire national, les Kanuri se positionnent comme l’une des ethnies les plus représentatives du Cameroun. Ce poids démographique est désormais mis au service d’une ambition claire : transformer cette présence numérique en une force culturelle et politique organisée.

Le défi de la langue : « Se lever pour assumer sa culture ». Le constat du Pr Madi Ali est sans appel : dans certains bastions traditionnels du Logone-et-Chari ou du Diamaré, des familles entières délaissent leur langue maternelle au profit d’autres parlers régionaux. Pour le président de l’ACKAC, la survie de l’identité Kanuri passe impérativement par la pratique du langage. « Nous devons nous lever pour rehausser notre culture », martèle-t-il.

Ce combat pour la langue n’est pas un repli, mais une manière de préserver un « savoir-vivre » unique et une capacité d’adaptation qui font la réputation de ce peuple à travers le monde.

Si le peuple Kanuri est mondialement reconnu pour son excellence dans les sciences coraniques et son flair pour les affaires, le Professeur Madi Ali appelle à une évolution stratégique. L’accent est mis sur l’éducation moderne, perçue comme la clé d’une intégration réussie dans les hautes sphères de la politique et de l’économie. Parallèlement, l’exposition récente d’objets d’art traditionnel a rappelé que ce peuple de commerçants est aussi un peuple d’esthètes, héritier d’un patrimoine matériel d’une grande finesse légué par les aïeux.

L’actualité de la communauté est marquée par les préparatifs du Sommet culturel Kanem-Borno. À cette occasion, le Professeur Madi Ali a réuni les autorités religieuses à son domicile pour une séance de prières ferventes. Au menu : implorer la paix pour le Cameroun et solliciter la protection divine pour la délégation en partance pour le Nigeria.

Ce voyage revêt une dimension diplomatique forte. Les liens entre le Pr Madi Ali et le Pr Babagana Oumara Zulum, Gouverneur de l’État de Borno, illustrent une fraternité transfrontalière exemplaire. Dans cette région où les Kanuri représentent plus de 90 % de la population, le sommet de Maiduguri s’annonce comme une célébration de l’unité d’un peuple fier, par-delà les frontières coloniales.

Arsène Nna

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