Douanes Logone et Chari: Quand les Routes de l’économie sont au Point Mort

Gazelle D'Afrique

Le bureau de douane de Kousséri, autrefois un poumon économique vital pour le Grand-Nord du Cameroun, est aujourd’hui à l’agonie. Pris en étau entre des routes impraticables et une insécurité grandissante, le département du Logone-et-Chari voit ses recettes s’effondrer, laissant derrière lui un manque à gagner colossal pour l’État et une économie locale à bout de souffle. Ce carrefour stratégique, porte d’entrée vers le Tchad et le Nigeria, est en train de perdre sa compétitivité, forçant le pays à revoir ses stratégies de transit sous-régional.

Situé à la croisée des chemins entre le Tchad et le Nigeria, le bureau principal des douanes de Kousséri était jadis un maillon essentiel du commerce transfrontalier. Cette position stratégique, couplée à un dynamisme commercial sans pareil, en faisait un contributeur majeur au budget de l’État.

Le département du Logone-et-Chari, avec ses marchés animés et ses entrepôts pleins, était une véritable vitrine de la prospérité économique de la région.

Mais ce tableau idyllique a radicalement changé. Le trajet vers Kousséri, notamment sur l’axe Mora-Dabanga-Kousséri, est devenu un véritable calvaire. Les routes, dégradées et criblées de nids-de-poule, se transforment en bourbiers pendant la saison des pluies, immobilisant les camions et bloquant le trafic pendant des jours.

Cette situation force les transporteurs à emprunter des itinéraires plus longs ou à se détourner vers d’autres pays comme le Bénin ou le Togo, asséchant ainsi les recettes douanières camerounaises.

À la dégradation des infrastructures routières, s’ajoute une insécurité chronique. La présence de groupes armés et de coupeurs de routes sur les principaux axes routiers rend les convois de marchandises extrêmement dangereux. Les attaques et les pillages sont devenus monnaie courante, créant un climat de peur qui décourage les commerçants et les transporteurs.

Ces difficultés atteignent leur paroxysme avec l’arrivée de la saison des pluies. Les routes deviennent impraticables, coupant la région du reste du pays. Les véhicules s’embourbent, les ponts sont emportés par les crues et les délais de transit s’allongent de manière exponentielle, provoquant un effondrement de l’activité douanière.

Les conséquences de cette situation sont multiples et dramatiques. La plus visible est la perte de recettes pour l’État. En août, sur une prévision de 90 millions de FCFA, le bureau de Kousséri n’a pu récolter que 13 717 021 FCFA, un chiffre qui ne reflète en rien le potentiel de la zone en période sèche.

Courant ce même mois, les chiffres sont alarmants pour ce qui est du reste du département du Logone et Chari. L’on constate que sur les prévisions de 317 millions de Fcfa, répartis entre le bureau de Kousséri et les postes de Douanes de son ressort de commandement, soit 180 millions pour le bureau principal de Fotokol, 2 millions pour le poste de Blangoua, 2,5 millions pour Goulfey, 3 millions pour Mblame et 40 millions pour Ngueli ; les recettes réalisées ont connu une chute drastique, affectant les réalisations du secteur de l’Extrême-Nord tout entier.

Ainsi, le bureau principal de Fotokol a pu récolter 198.500.129 Fcfa, un score au delà des provisions, et qui se justifie par la reprise des échanges transfrontaliers entre le Cameroun et le Nigéria. le poste de Blangoua s’en est sorti avec 500.000 Fcfa, celui de Goulfey 476.000 Fcfa, Mblame avec 445.000 Fcfa et le poste de Ngueli avec un peu plus de 5 millions de Fcfa. Soit un total d’un peu plus de 203 millions de Fcfa.

Aujourd’hui, la Douane camerounaise est contrainte de créer des centres de négoces pour sécuriser les recettes, dans un contexte de frontières poreuses dans tout le secteur, caractérisé par la contrebande. Ces pertes financières affaiblissent l’État et le privent des fonds nécessaires pour financer les services publics et les infrastructures.

Au-delà de l’impact budgétaire, c’est toute l’économie locale qui est en train de s’étouffer. Les commerçants ne reçoivent plus leurs marchandises à temps, les prix des produits de première nécessité flambent et les emplois liés au transport et au commerce sont menacés. La situation compromet également la crédibilité du Cameroun en tant que pays de transit privilégié pour le Tchad, qui se tourne de plus en plus vers des itinéraires alternatifs.

Face à l’ampleur du problème, des solutions s’imposent de manière urgente. La réhabilitation de l’axe routier Mora-Dabanga-Kousséri doit devenir une priorité nationale pour la saison sèche qui s’annonce. Des solutions pérennes comme l’asphaltage et la construction de ponts solides sont essentielles pour garantir une circulation fluide toute l’année.

Parallèlement, le renforcement de la sécurité est non négociable. Les forces de l’ordre et de défense doivent intensifier leurs patrouilles pour sécuriser les routes et rassurer les usagers. Il est impératif que le transport de marchandises redevienne une activité viable et sans danger.

Le dynamisme retrouvé du bureau de Fotokol, qui a dépassé ses prévisions de recettes en août grâce à la reprise des échanges avec le Nigeria, montre que le potentiel est bel et bien là. C’est un défi de taille qui demande une action coordonnée et rapide de la part des autorités pour redonner vie à ce corridor commercial vital.

La rédaction

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