Démission de Issa Tchiroma Bakary: la cloche sonne, l’urgence d’une recomposition des alliances

Gazelle D'Afrique
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Dans les arcanes du pouvoir camerounais, l’air était devenu irrespirable pour Issa Tchiroma Bakary. Hier mardi 24 juin 2025, le couperet est tombé : l’ancien ministre de la Communication et figure emblématique du gouvernement a remis sa démission.

C’est un acte qui, pour beaucoup d’observateurs, n’était qu’une question de temps. Depuis des semaines, les signaux d’une rupture imminente avec le président Paul Biya se multipliaient, culminant dans une sortie publique fracassante qui a agité la scène politique.

Il y a quinze jours, alors qu’il se trouvait dans sa ville natale de Garoua, Issa Tchiroma s’était livré à une critique virulente et sans précédent des 43 années de règne de Paul Biya.

Devant une assemblée de partisans venus l’accueillir, l’ancien porte-parole du gouvernement n’a pas mâché ses mots, selon ses dires, il n’a apporté aucun bénéfice tangible à la région du Nord et à ses habitants. Une déclaration audacieuse, perçue comme une véritable déclaration de guerre au sommet de l’État.

Fort de cette prise de position, Issa Tchiroma avait clairement signifié son refus de soutenir à nouveau celui qu’il tenait désormais pour « responsable des malheurs » des populations septentrionales.

Le mardi matin, en parfaite cohérence avec ses propos, il a officialisé sa rupture en remettant sa lettre de démission au Premier ministre, chef du gouvernement, à l’issue d’une audience d’une heure.

Des sources crédibles, une copie de cette correspondance a également été acheminée à la présidence de la République, directement à l’attention de Paul Biya.

Cette démission intervient à un moment crucial, à seulement quatre mois de l’élection présidentielle. Pour le président Paul Biya, c’est la perte d’un allié stratégique et d’une voix influente dans la partie septentrionale du Cameroun, une région connue pour être le plus grand réservoir électoral du pays.

Le départ d’Issa Tchiroma pourrait redistribuer les cartes et fragiliser la base électorale du parti au pouvoir dans cette zone clé. Mais au-delà de la simple démission, c’est un tout autre agenda qui semble se dessiner pour Issa Tchiroma.

Ses proches conseillers ne s’en cachent plus : la prochaine étape de sa carrière politique devrait être son investiture en tant que candidat à la prochaine élection présidentielle. À cet effet, une réunion cruciale du comité central de son parti, le Front pour le Salut National du Cameroun (FSNC), est d’ores et déjà annoncée pour le vendredi prochain à Garoua.

Cet événement scellera sans doute le destin politique d’un homme qui, après des années de loyauté gouvernementale, semble désormais prêt à défier le statu quo et à briguer la magistrature suprême. Le Cameroun s’apprête à vivre une période politique intense, avec l’émergence de nouvelles figures et la recomposition des alliances en vue des échéances électorales à venir.

Arsène Nna

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