Barrage de Kikot-Mbembe : Les Indigènes Oubliés des Indemnisations

Gazelle D'Afrique
Gazelle D'Afrique

Le projet hydroélectrique de Kikot-Mbembe sur la Sanaga-Maritime, présenté comme la clé de l’indépendance énergétique du Cameroun et un rempart contre les délestages chroniques, est aujourd’hui rattrapé par une crise de justice sociale. Alors que la promesse d’une énergie verte et abondante motive son avancement, les populations directement impactées dans la Sanaga-Maritime dénoncent un silence institutionnel et un non-respect des engagements concernant les indemnisations et compensations. Ce fossé entre la vision de développement et la réalité vécue par les riverains menace de ternir le symbole de modernité qu’incarne l’ouvrage.

Le site de Kikot-Mbembe, notamment l’île de Kikot et les carrières de Nguimbis au cœur de la zone de construction, est le théâtre d’une injustice perçue. Malgré le lancement des travaux par la Kétu Hydro Power Company (KHPC), les premiers paiements de compensations et d’indemnisations censés reconnaître le sacrifice des terres et des moyens de subsistance n’ont, selon les populations, toujours pas été effectués. Comment, en effet, promouvoir un projet comme un pilier du développement et un moteur d’emplois lorsque les citoyens qui en portent le fardeau initial sont les premiers lésés ?

Le barrage est censé offrir une réponse aux délestages qui paralysent foyers et industries, et s’inscrire dans une transition vers une énergie propre. Pourtant, sans l’application immédiate des droits des riverains, ces nobles objectifs risquent d’être perçus comme de pures illusions par ceux qui voient leurs vies bouleversées.

L’enjeu va au-delà d’un simple retard administratif. Il interroge la responsabilité de la KHPC et des autorités de tutelle. Les populations de la Sanaga-Maritime ne réclament pas une charité, mais l’application des engagements formels pris, notamment lors des campagnes de sensibilisation et des promesses politiques. La non-exécution de ces promesses, surtout après des sacrifices consentis, engendre une colère légitime et un sentiment de trahison.

Un projet de cette envergure ne peut être construit sur les larmes et la frustration. La dignité des citoyens impactés doit être le premier fondement de toute infrastructure nationale. Le Cameroun ne peut se permettre de bâtir son avenir énergétique en piétinant les droits de ses propres populations. L’urgence est à l’action. Le respect des droits, la reconnaissance des sacrifices, et l’application immédiate des compensations ne sont pas des options, mais des impératifs éthiques et légaux.

La réussite du projet de Kikot-Mbembe ne se mesurera pas seulement à sa production électrique, mais aussi à sa capacité à incarner une justice sociale exemplaire. C’est à cette condition que la « fierté nationale » promise pourra devenir une réalité partagée et non le privilège de quelques-uns.

Quel avenir pour les populations de la Sanaga-Maritime ? La balle est dans le camp de la KHPC et du gouvernement. Un éclaircissement sur les raisons de ce retard et un calendrier d’indemnisation ferme sont indispensables pour restaurer la confiance et éviter que ce qui est censé être un progrès ne se transforme en un scandale silencieux qui pourrait paralyser le chantier social du projet.

Assénatou Djibrilla

Partagez cet article
Laissez un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *