​Cameroun – FMI : L’impératif du changement de cap économique

Gazelle D'Afrique

Reçue ce 17 septembre 2026 à Yaoundé par le Ministre de l’Économie, Alamine Ousmane Mey, la mission d’évaluation du FMI conduite par Christine Dieterich dresse le constat d’une économie camerounaise résiliente. Mais face aux chocs exogènes et aux urgences sociales, les autorités plaident désormais pour une stratégie beaucoup plus offensive basculant la priorité vers un investissement public massif.

Face aux turbulences économiques mondiales et aux pressions géopolitiques régionales, l’économie camerounaise maintient sa trajectoire. Les chiffres présentés lors des travaux d’évaluation de la situation macroéconomique affichent une trajectoire stable : en 2025, le produit intérieur brut (PIB) a progressé de 3,5 %, assorti d’un solde budgétaire maîtrisé sous la barre des 2 %.

Sur le front de la dette publique, le Cameroun conserve des marges de manœuvre notables. À 44 % du PIB, son encours d’endettement demeure en deçà du seuil stratégique national fixé à 50 %, tout comme de la norme communautaire de la CEMAC plafonnée à 70 %.

Toutefois, ce socle macroéconomique préservé masque des vulnérabilités sous-jacentes. Dans un environnement marqué par la persistance de l’inflation de certains produits de base et par des tensions sur les recettes publiques, la seule résistance aux chocs ne suffit plus à garantir l’inclusion sociale et la réduction durable de la pauvreté.

« La résilience n’est pas un objectif : elle est plutôt un point de départ. Il faut être beaucoup plus offensif pour atteindre les objectifs de croissance définis dans la SND30. Cela passe par un niveau d’investissement public beaucoup plus élevé. » — Alamine Ousmane Mey, Ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire (MINEPAT)

Au cœur des discussions avec les experts du Fonds monétaire international figure l’alignement des politiques publiques sur la Stratégie Nationale de Développement à l’horizon 2030 (SND30). Si la politique d’import-substitution matérialisée par le Plan Intégré d’Import-Substitution Agropastoral et Halieutique (PIISAH) vise à réduire la dépendance commerciale du pays, la lenteur de son financement et les lenteurs structurelles rappellent l’urgence de dépasser la simple gestion de crise.

L’objectif affiché par Yaoundé est clair : passer d’une gestion de précaution à une politique d’investissement productif. Pour préparer le budget 2027 et soutenir les trajectoires d’émergence fixées pour 2035, l’exécutif entend accélérer la création de richesses et d’emplois locaux en augmentant significativement la part des dépenses en capital.

La mission emmenée par Christine Dieterich souligne les défis sous-jacents de cette transition. Augmenter la commande et l’investissement publics impose d’optimiser l’efficacité de la dépense, sous peine de détériorer les soldes budgétaires ou d’alourdir de manière improductive le service de la dette.

Le dialogue ouvert avec le FMI fixe ainsi les jalons des prochains trimestres :

* Qualité de la dépense : Cibler prioritairement les infrastructures de transport, d’énergie et de transformation agropastorale pour lever les goulots d’étranglement logistiques.

* Élargissement de l’assiette fiscale : Améliorer la collecte des recettes non pétrolières pour dégager des marges budgétaires internes.

* Soutien du secteur privé : Garantir un cadre macroéconomique prévisible capable d’attirer des investissements directs étrangers (IDE) en complément des efforts de l’État.

En affirmant sa volonté d’adopter une posture plus agressive sur le plan de l’investissement public, le gouvernement camerounais ambitionne de sortir d’un cycle de croissance modérée pour amorcer le saut qualitatif vers une industrialisation effective.

Arsène Nna 

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