L’aube s’est levée dans une effervescence particulière sur le Logone-et-Chari. Ce lundi 7 septembre marque la rentrée scolaire 2026-2027 sur l’ensemble du territoire national camerounais, et dans cette pointe septentrionale de la région de l’Extrême-Nord, le geste va bien au-delà de la simple routine académique : il s’agit d’un acte de conviction et de résistance pacifique.
Dès les premières heures de la matinée, le Préfet du département, Fombelé Mathias Tayem, accompagné de son État-Major, a sillonné les établissements primaires et secondaires de la ville carrefour de Kousseri, avant d’emprunter la route en direction de Goulfey.
L’objectif principal de ce périple territorial était de constater l’effectivité de la reprise des cours, mais surtout d’évaluer les conditions sécuritaires dans des zones autrefois fragilisées. Dans chaque école visitée, le rituel de la première journée s’est déployé :
* Levée des couleurs : Rassemblement solennel des élèves devant le drapeau national.
* Propreté et logistique : Salles de classe balayées, bancs réorganisés et premiers cours dispensés dès la matinée.
* Échanges directs : Discussions entre l’autorité administrative, les encadreurs, les élèves et les parents venus accompagner leurs enfants.
Lors de ses prises de parole, le Préfet a martelé plusieurs orientations clés : la recherche de l’excellence académique pour redresser les statistiques départementales, le respect strict de la discipline, ainsi que la sensibilisation contre la consommation de stupéfiants en milieu scolaire.
Si le train de l’année scolaire est sur les rails, la voie reste semée d’embûches dans le Logone-et-Chari. Ce département frontalier du Tchad et du Nigeria panse encore les plaies causées par les crises sécuritaires régionales successives et les tensions intercommunautaires passées. La réouverture des écoles dans les zones à risque constitue un indicateur fort de stabilisation, mais les défis structurels demeurent profonds.
Dans cette partie du pays marquée par une grande vulnérabilité économique, l’arbitrage financier des ménages désavantage souvent l’école. L’implication immédiate des enfants dans le petit commerce transfrontalier ou l’élevage pastoral est couramment privilégiée pour générer des revenus de subsistance.
L’accès des filles à l’éducation constitue le défi le plus critique. L’abandon scolaire féminin y est entretenu par la persistance des mariages précoces ou forcés et le poids des représentations traditionnelles. L’appel lancé par les autorités administratives à Goulfey et Kousseri vise directement à briser ces réticences culturelles et économiques, en rappelant que la scolarisation des filles demeure le levier fondamental du développement futur du département.
L’effectivité de cette rentrée scolaire 2026-2027 offre une image de détermination. Entre le désir d’apprentissage exprimé par la jeunesse et la volonté de sécurisation affichée par l’État, le Logone-et-Chari entame sa trajectoire académique avec l’ambition de transformer ces premiers cours dispensés en succès durables tout au long de l’année.
Abdoul Salam Moumini


