Yagoua : Crise ouverte au RDPC, la permanence du parti vire au tribunal des ambitions

Gazelle D'Afrique

C’est censé être l’incubateur des victoires électorales, le sanctuaire de la discipline militante. Mais ce mercredi, la permanence du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) de Yagoua a plutôt des allures de zone sinistrée. Entre retards à l’allumage, chaises vides, huis clos expéditif et règlements de comptes à ciel ouvert, le parti au pouvoir a offert le triste spectacle d’une formation politique fracturée, incapable de masquer ses divisions à l’aube d’échéances locales et législatives cruciales.

Chronique d’un fiasco annoncé

Sur le papier, l’ordre du jour se voulait pourtant fédérateur : un séminaire stratégique d’intensification des inscriptions sur les listes électorales. Dans la réalité, le thermomètre politique affichait des valeurs alarmantes.

À peine une cinquantaine de militants présents, une poignée de têtes couronnées (deux petits chefs traditionnels de 1er et 2e degré), et un désert sidérant : aucun membre du Gouvernement à l’horizon. Pis, le président de la section RDPC du Mayo-Danay Est I, par ailleurs directeur général de la SEMRY, a brillé par une absence aussi retentissante qu’inexpliquée, laissant son secrétaire de section patauger pour justifier l’injustifiable.

Le huis clos de la censure

Face à la tiédeur de la mobilisation, la riposte des organisateurs n’a pas tardé : bouter la presse dehors. En plein milieu de séance, les journalistes ont été priés de faire valoir leurs droits ailleurs, transformant une réunion de remobilisation en un huis clos étouffant. Une décision qui en dit long sur la volonté manifeste de cacher les turpitudes d’un appareil politique en perdition.

Pourtant, derrière les portes closes, le vernis a vite craqué. Les interventions se sont succédé, transformant la tribune en un véritable réquisitoire contre la gestion locale du parti :

* L’angoisse de la défaite : Sira Léon a résumé l’état d’esprit ambiant en appelant à la victoire « à tout prix et à tous les prix », une formule incantatoire qui traduit l’angoisse plus que la certitude.

* Le fossé numérique et générationnel : Simon Babassou a pointé le fossé abyssal qui sépare le parti de sa jeunesse, notamment sur le terrain crucial de la communication digitale.

* Promesses en l’air : L’honorable Amrakai n’a pas pris de gants, accusant la Délégation Permanente Départementale de mépriser la troupe, rappelant que même les gadgets promis lors de la présidentielle de l’an dernier n’ont jamais vu le jour.

* Crise de leadership : L’honorable Lawan Galandja a enfoncé le clou, ciblant directement le manque de charisme du représentant du Mayo-Danay, jugé incapable de porter haut la voix des populations.

Un parti en quête de boussole

Entre les accusations de manigances portées par l’honorable Bara Julien, l’agacement précoce des pontes locaux face à la fronde de la base, et une coordination administrative aux abonnés absents — à l’image d’un calendrier d’activités ministérielles télescopant celui du parti —, le RDPC tangue dangereusement dans le Mayo-Danay.

À l’heure où l’opposition guette le moindre faux pas et où les cicatrices de la présidentielle d’octobre 2025 sont encore vives, le compte à rebours est lancé. Si le parti au pouvoir ne réussit pas à recoudre son tissu déchiré, ces élections locales et législatives risquent bien de se transformer en chemin de croix.

Abdoul Salam Moumini 

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