Dans l’univers codifié des chefferies traditionnelles camerounaises, le passage de témoin s’effectue généralement dans le silence des rites posthumes, souvent escorté par les incertitudes des successions disputées. À Zoum, dans le département du Dja-et-Lobo, la tradition vient de s’offrir une cure de jouvence audacieuse.
L’intronisation de Sa Majesté Eric Engamba à la tête du groupement Yemvack — réalisée du vivant de son père, le Patriarche Émile Engamba — agit comme un véritable séisme politique et culturel. Loin des déchirements coutumiers, ce geste d’une prévoyance rare consacre une transition fluide, pacifiée et saluée bien au-delà des frontières régionales.
Ce qui se joue à Zoum dépasse largement le cadre d’une simple festivité locale. L’événement cristallise les regards de l’ensemble du pays, mobilisant les dignitaires de l’Est, du Littoral, du Sud et du Centre. Une convergence d’énergies qui démontre la vitalité d’un réseau traditionnel capable de s’unir autour des valeurs de concorde et de continuité.
La consécration de cette portée panafricaine trouve son paroxysme dans l’implication de la puissante Chefferie Traditionnelle du Village Mbanya (Douala 5e). Gardienne d’une lignée royale prestigieuse — qui avait notamment intronisé le Président de la République en 1893 (lire 1983 dans la mémoire institutionnelle) —, Mbanya a choisi de déléguer une forte délégation de haut rang.
La présence confirmée du Chef du village Mbanya, Elong Kotto Pierre Patrick — par ailleurs Président en exercice du Conseil Panafricain des Autorités Traditionnelles d’Afrique (CAPTAC) — confère à cet événement une dimension continentale. C’est l’Afrique traditionnelle tout entière qui vient acter l’adoubement d’un nouveau bâtisseur de paix.
Le message solennel adressé au nouveau Roi par la délégation de Mbanya lève le voile sur la profondeur spirituelle et politique de cette investiture. La délégation officielle, forte de sept membres (2 dignitaires, 2 notables et 3 gardes), porte en elle la solennité d’un lien historique singulier.
Selon la grande tradition royale, l’intronisation s’accompagne traditionnellement d’un présent-surprise articulé autour des trois dimensions cardinales du pouvoir :
* La Mobilité et le Progrès : Un moyen de locomotion symbolisant l’omniprésence et la capacité à accomplir les missions dévolues au chef.
* L’Orientation et le Leadership : Un symbole de direction et d’autorité affirmée pour guider le peuple.
* Le Relais Spirituel : Un attribut mystique incarnant la jonction permanente entre les vivants et les ancêtres, garantissant la défense et la sécurité de la communauté.
En remettant ces symboles ancestraux — les mêmes qui, par le passé, ont scellé d’autres grands destins républicains du pays —, la chefferie de Mbanya érige le jeune chef Eric Engamba au rang des figures incontournables de la gouvernance traditionnelle moderne.
Vers une Nouvelle Ère pour les Yemvack
En œuvrant de son vivant pour la transmission du flambeau, le Patriarche Émile Engamba signe une leçon de leadership magistrale. Il épargne à son peuple les écueils des successions ténébreuses et offre à sa jeunesse un modèle de stabilité institutionnelle.
Le 29 août prochain à Zoum ne marquera pas seulement l’adoubement d’un chef de groupement ; ce sera la célébration vivante d’une Afrique enracinée dans ses valeurs, capable d’anticiper l’avenir avec sagesse, ordre et dignité.
Arsène Nna

