Le Plan National de Développement « Tchad Connexion 2030 » trouve un écho retentissant auprès de l’Inde. La mobilisation de plus de 126 entreprises indiennes et les 3,255 milliards de dollars d’intentions d’investissement ne sont pas seulement un soutien financier, mais une stratégie de développement ciblée. Le Tchad mise sur deux leviers majeurs, symbolisés par les engagements de Mahindra et de MKALP : la mécanisation agricole pour assurer la sécurité alimentaire et la digitalisation de l’administration pour garantir la bonne gouvernance. Ce double investissement vise à transformer structurellement l’économie tchadienne, à la rendre moins dépendante du pétrole et plus attractive pour les futurs capitaux étrangers.
L’engagement de Mahindra, géant de la mécanisation agricole, est vital pour la sécurité alimentaire et la croissance économique du Tchad. Le secteur agricole, qui emploie la majorité des Tchadiens, est caractérisé par une faible productivité due au travail manuel et à la culture attelée. L’apport d’équipements modernes (tracteurs, machines de récolte et post-récolte) permet d’injecter la technologie nécessaire pour intensifier la production.
Les bénéfices Attendus sont majeurs : Sécurité Alimentaire : Augmentation des surfaces cultivées et amélioration des rendements, réduisant la dépendance aux importations et le risque d’insécurité alimentaire. Création de Valeur : La mécanisation facilite le développement de l’agro-industrie locale, permettant de transformer les produits sur place au lieu de les exporter bruts, générant ainsi de la valeur ajoutée et des emplois en aval. Réduction des Pertes : La mécanisation des processus de post-récolte diminue les pertes massives qui grèvent actuellement les revenus des agriculteurs.
Toutefois, le succès de Mahindra sera conditionné par la capacité du gouvernement à assurer la formation des agriculteurs et à garantir un accès transparent et financé au matériel, adapté aux sols locaux et soutenu par un réseau de maintenance solide.
Pour ce qui est de l’engagement d’entreprises comme MKALP dans la digitalisation de l’administration publique, c’est la condition sine qua non pour maximiser le retour sur investissement de tous les autres secteurs. La modernisation des services publics est un facteur déterminant pour l’amélioration du climat des affaires.
Elle contribuera sans doute à : Lutte Contre la Corruption : La numérisation des procédures administratives (paiement des impôts, délivrance de licences) réduit le contact physique entre l’usager et l’agent, limitant les opportunités de corruption et introduisant des pistes d’audit numériques transparentes. Facilité d’Affaires : La mise en place d’un guichet unique électronique pour les entreprises accélère drastiquement les délais de création et d’obtention de permis. Le Tchad peut ainsi améliorer son classement international, renforçant son attractivité.
Efficacité Budgétaire : L’informatisation de la gestion des finances publiques (GIFP) permet un meilleur contrôle des dépenses et une collecte des recettes fiscales plus efficace, offrant au gouvernement les moyens de financer lui-même les futurs projets du PND. Le principal défi de la digitalisation sera de combler la fracture numérique par des investissements parallèles dans les infrastructures de télécommunication et la formation du personnel.
L’intérêt indien, en ciblant à la fois la base productive (agriculture) et le cadre institutionnel (digitalisation), confère une crédibilité et une cohérence accrues au plan « Tchad Connexion 2030 ». L’objectif final est l’établissement d’une base économique plus résiliente : l’investissement de Mahindra assure la croissance, tandis que celui de MKALP assure la transparence.
Le Président Maréchal Déby Itno a clairement indiqué que le cadre juridique et économique du Tchad est désormais rénové pour garantir la sécurité et la rentabilité.
Le renforcement des relations entre N’Djaména et New Delhi, illustré par ces 3,255 milliards de dollars, marque l’entrée du Tchad dans une phase où le développement sera financé non seulement par les partenaires traditionnels, mais de plus en plus par des partenariats Sud-Sud stratégiques et sectoriels.
Abdoul Salam Moumini





