Souveraineté alimentaire : Le pari réussi du MINEPAT

Gazelle D'Afrique
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Alors que les incertitudes mondiales pèsent sur les chaînes d’approvisionnement, le Cameroun a choisi de jouer son va-tout dans son Grand-Nord. La tournée marathon d’Alamine Ousmane Mey, bouclée à Kousseri le 8 mai 2026, ne se résume pas à une série d’inaugurations. C’est le déploiement d’une véritable machine de guerre économique. À travers les projets VIVA-Bénoué, VIVA-Logone et le PROLAC, l’État pose les jalons d’une souveraineté alimentaire retrouvée, transformant les plaines du Septentrion en un rempart stratégique contre la dépendance aux importations. Analyse d’un tournant industriel et agricole.

Le constat est connu : le Cameroun dépense chaque année des centaines de milliards de FCFA pour importer du riz et du poisson. L’offensive menée par le MINEPAT dans le Logone-et-Chari et le Mayo-Danay s’attaque directement à cette hémorragie de devises.

À Yagoua et Zina, l’aménagement des périmètres rizicoles via VIVA-Logone n’a qu’un objectif : saturer le marché national avec un riz « Made in Cameroon » compétitif. À Kousseri  le nouveau complexe de poissonnerie moderne vient professionnaliser une filière halieutique qui perdait jusqu’ici une grande partie de sa production faute de chaîne de froid. En structurant ces deux filières (riz et poisson), l’État transforme des produits de subsistance en produits de souveraineté. Chaque tonne de riz produite à Maga ou chaque cargaison de poisson conservée à Kousseri est une victoire contre la facture d’importation.

L’import-substitution ne peut rester un slogan si le paysan continue de travailler avec une houe. La rétrocession de dix tracteurs agricoles à Kousseri est le signal d’un changement de paradigme. La stratégie gouvernementale est claire : pour concurrencer le riz thaïlandais ou indien, il faut produire massivement et à moindre coût.

La mécanisation introduite par le PROLAC permet de multiplier les surfaces cultivables et de réduire les temps de récolte. Cet appui technologique est le maillon manquant qui doit permettre aux coopératives locales de passer d’une économie de village à une économie d’échelle. C’est ici que se joue la bataille de la productivité : sans machines, le Cameroun reste vulnérable ; avec elles, il devient un exportateur potentiel pour toute la zone CEMAC et le Nigéria voisin.

L’analyse de cette mission révèle une volonté de maîtriser toute la chaîne de valeur. La visite de l’usine de riz Malika à Sangaré est emblématique de cette vision. Produire ne suffit plus ; il faut transformer, emballer et labelliser sur place.

En connectant les périmètres irrigués de la Bénoué et du Logone à des unités de transformation modernes, le gouvernement crée une synergie industrielle. Cette approche garantit aux agriculteurs un débouché sûr et aux consommateurs urbains un produit de qualité. C’est le cœur de la politique d’import-substitution : créer de la valeur ajoutée locale, générer des emplois industriels dans le Septentrion et stabiliser les prix sur les marchés de Yaoundé et Douala.

Au-delà de l’économie, cette souveraineté est un enjeu de sécurité. Une population qui dépend de l’extérieur pour se nourrir est une population fragile. En faisant du Grand-Nord le « grenier et la poissonnerie » du pays, Alamine Ousmane Mey et la délégation interministérielle renforcent la résilience de la nation.

Les investissements du PROLAC et de la Banque Mondiale sont donc des placements stratégiques. Les attentes sont désormais braquées sur la pérennité de ces acquis. La souveraineté alimentaire n’est plus un rêve lointain, elle se construit aujourd’hui dans les rizières de Zina et les entrepôts de Kousseri. Le Septentrion n’est plus seulement une zone d’intervention humanitaire, c’est devenu le moteur de l’indépendance économique du Cameroun.

Analyse de la Rédaction 

 

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