Alors que le Ministère des Finances réaffirme la suprématie de la SODECOTON en la reconduisant au sommet de la Première Catégorie des entreprises publiques, la célébration de la Journée mondiale ce 07 octobre du coton, met en lumière un enjeu stratégique capital. Sous l’impulsion des politiques de souveraineté économique du Président Paul BIYA et du management de Mohamadou Bayero Bounou, le géant cotonnier du Grand Nord ne vise plus seulement des records de production agricole : il s’attaque au grand chantier de son histoire, celui de la transformation locale et de la naissance d’une véritable filière textile nationale.
Le verdict du Ministère des Finances (MINFI) rendu dans son arrêté d’août 2026 est formel : la Société de Développement du Coton (SODECOTON) demeure l’un des piliers vertébraux les plus solides de l’économie camerounaise. Évaluée sur ses performances consolidées des exercices 2022, 2023 et 2024, l’entreprise confirme son appartenance à la Première Catégorie, aux côtés de géants comme la SNH, la SONARA ou le Port Autonome de Douala. Avec un chiffre d’affaires ayant franchi le cap des 223 milliards de FCFA et des fonds propres rétablis à plus de 21,5 milliards de FCFA, l’entreprise affiche une santé financière irréprochable.
Cette solidité retrouvée sous la conduite de son Directeur Général, Mohamadou Bayero Bounou, s’appuie sur un outil industriel redoutable :
* 9 usines d’égrenage totalisant une capacité nominale de 315 000 tonnes de coton-graine par an ;
* 2 huileries capables de triturer 150 000 tonnes de graines annuellement pour alimenter les ménages en huile Diamaor ;
* Une force de travail de plus de 2 500 salariés permanents et plus de 3 500 employés saisonniers, faisant de l’entreprise le premier employeur du Septentrion.
Au-delà des bilans comptables, le coton camerounais est le moteur d’une véritable politique d’aménagement du territoire. Les mécanismes d’accompagnement public conduits sous le Renouveau — à l’instar des dotations en engrais du Plan d’urgence triennal ou des investissements récents en camions polybennes pour booster la collecte — portent des fruits concrets pour le monde rural. Avec un prix d’achat du coton-graine de premier choix revalorisé à 290 FCFA/kg pour la campagne 2024/2025, le revenu des planteurs a connu une hausse continue.
Le coton n’est pas une statistique abstraite : il fait vivre directement ou indirectement près de deux millions de personnes en milieu rural. Chaque année, plus de 70 milliards de FCFA nets sont distribués aux quelques 150 000 producteurs après apurement des crédits d’intrants. En franchissant le cap des 284 613 tonnes produites sur 229 000 hectares lors de la dernière campagne, avec l’ambition d’atteindre 400 000 tonnes, la SODECOTON prouve sa maîtrise totale de l’amont agricole.
Cependant, une analyse lucide de la filière révèle un paradoxe industriel majeur : si le Cameroun sait parfaitement produire, il ne transforme encore qu’une infime fraction de son « or blanc ». Aujourd’hui, près de 98 % du coton brut quitte le territoire national, abandonnant au passage l’essentiel de la valeur ajoutée et des gisements d’emplois liés à la filature, au tissage, à la teinture et à la confection.
Face aux aléas des cours internationaux, au changement climatique et à la pression des ravageurs comme les jassides, la seule réponse durable réside dans l’industrialisation de la chaîne de valeur. C’est précisément l’orientation donnée par le Gouvernement via le MINEPAT, qui intègre désormais la filière coton-textile parmi les chaînes de valeur prioritaires. L’objectif est clair : créer des usines de filature, développer des ateliers de confection et bâtir des marques Made in Cameroon capables de fournir le marché national et régional.
Cette mutation stratégique est déjà en marche. En s’ouvrant à des partenariats internationaux stratégiques — à l’instar de la visite de travail de la Team Europe en mai 2026 avec l’appui de l’AFD et de la GIZ —, la SODECOTON prépare sa transition vers une agro-industrie décarbonée, moderne et résiliente. La modernisation des équipements égreneurs, la transition énergétique et la recherche agronomique avancée constituent le socle de cette nouvelle dynamique.
La consécration de la SODECOTON au sommet des entreprises publiques par le MINFI n’est donc pas une fin en soi, mais le tremplin financier d’une ambition nationale plus vaste. Sous l’ère Bayero Bounou, le géant de Garoua a prouvé sa capacité à redresser ses comptes et à battre des records de production. Il lui appartient désormais d’écrire la page la plus décisive de son histoire : celle qui transformera l’or blanc des champs du Nord en vêtements, tissus et valeur ajoutée industriels façonnés au Cameroun, par des Camerounais et pour le monde entier.
Arsène Nna

