Longtemps resté sous le giron du géant suisse SGS, le contrôle des marchandises au Port Autonome de Douala (PAD) a basculé dans une nouvelle ère. Après des mois de tensions administratives, l’arbitrage de la Présidence de la République a définitivement tranché ce mercredi 21 janvier 2026 : l’opérateur camerounais Transatlantic D.S.A. prend désormais les commandes. Entre souveraineté fiscale, saut technologique et nouvelles règles de facturation, nous décryptons ce tournant majeur qui suscite autant d’espoir que d’interrogations.
Tout commence en mars 2015. L’État du Cameroun signe avec la Société Générale de Surveillance (SGS) un contrat de dix ans pour l’inspection par scanner des marchandises. Avec près d’un siècle d’existence, la multinationale suisse apportait un gage de crédibilité internationale. Cependant, au terme du contrat le 31 décembre 2025, le bilan a poussé les autorités portuaires à ne pas renouveler l’expérience.
Le PAD pointait du doigt une couverture insuffisante et une logistique lourde, le fameux « rallye portuaire », qui forçait les camions à de longs trajets internes pour atteindre des scanners fixes, créant des goulots d’étranglement interminables et des surcoûts pour les transitaires.
Le passage à Transatlantic D.S.A. est une décision stratégique motivée par la volonté de « nationaliser » la sécurité des frontières économiques. Le bras de fer entre le Ministère des Finances (partisan de la continuité avec la SGS) et la direction du PAD a pris fin ce mercredi 21 janvier 2026 par un arbitrage ferme de la Présidence de la République : le Cameroun opte pour un contrôle intégral (100% scanning) géré par un champion local.
La véritable plus-value de Transatlantic réside dans sa technologie mobile. Contrairement à l’ancienne méthode où le camion devait « aller au scanner », c’est désormais le scanner qui vient à la marchandise.
Le processus concrètement : Le Positionnement : Dès qu’un conteneur est débarqué, le scanner mobile (un portique télescopique monté sur camion) se déplace vers lui. Le Balayage Instantané : Le bras du scanner survole le conteneur. En moins de 45 secondes, une image haute définition est générée, capable de percer 250 mm d’acier. Analyse et IA : Le logiciel colorise les matières (organiques, métaux, etc.) pour repérer instantanément toute anomalie. Résultat : Là où l’ancien système SGS pouvait prendre 30 minutes (incluant le trajet), le cycle complet est désormais réduit à moins de 5 minutes.
L’interrogation demeure : l’État ne prend-il pas un risque en remplaçant un géant centenaire par une structure locale ? Bien que Transatlantic soit plus « jeune », elle a servi de laboratoire au Port de Kribi, où ses performances ont convaincu. La procédure n’a pas été « soudaine » : elle fait suite à une sélection lancée dès 2024. Le risque est ici perçu comme un passage obligé vers l’autonomie technologique (modèle BOT sur 25 ans).
Pour les transitaires, le circuit est désormais centralisé aux bureaux de Transatlantic D.S.A. (Immeuble Quiferou). Le « Pack Documentaire » obligatoire : Déclaration en Douane (SGS/DAU). Manifeste de cargaison et Bon à Délivrer (BAD). Fiche de Travail (Work Order). La nouvelle grille tarifaire (HT) : Type de conteneur (20 Pieds), Tarif Export (38 500 FCFA), Tarif Import (66 000 FCFA)Conteneur (40 Pieds), Tarif Export (50 000 FCFA, Tarif Import (95 000 FCFA)
Si elle perd le scanning portuaire, la SGS ne quitte pas le Cameroun. Elle conserve ses mandats nationaux de régulation : Le PECAE : Vérification de la conformité des produits avant leur embarquement. Le PVI : Support à l’administration douanière pour la vérification des valeurs.
Le remplacement de la SGS par Transatlantic D.S.A. marque la fin d’une ère de dépendance. Si les premières semaines de janvier ont exigé des ajustements, la promesse d’un port « zéro délai » semble à portée de main.
C’est le défi d’une émergence portée par un champion national, sous l’œil vigilant des autorités d’Etoudi.
Arsène Nna
