Le Cameroun est à l’aube d’un remaniement profond de sa carte administrative. Le Ministre de l’Administration Territoriale, Paul Atanga Nji, a adressé une note classée « TRÈS URGENT » aux Gouverneurs de Région pour solliciter des propositions en vue de la création de nouveaux Départements et Arrondissements. Cette démarche, menée dans l’optique d’une « meilleure maille territoriale », vise à optimiser la présence de l’État et à rapprocher l’administration du citoyen. Les projections portent sur une augmentation significative des unités administratives, avec l’hypothèse de passer de 52 à 60 Départements et de 365 à près de 400 Arrondissements à travers le pays.
Le fax, daté du 2 décembre 2025 et révélé par nos services, sonne comme un coup d’accélérateur dans le processus de décentralisation et de modernisation de l’État. En exigeant des propositions « d’urgence », le Ministre Atanga Nji souligne la volonté politique de finaliser rapidement cette réforme structurelle. L’objectif affiché est clair : « actualiser la carte administrative » pour assurer une gestion de proximité plus efficace. Le document détaille une grille d’analyse rigoureuse que les Gouverneurs doivent impérativement respecter pour justifier la création d’une nouvelle unité.
Le Minat insiste sur l’utilisation d’« éléments objectifs » pour éviter toute proposition arbitraire. Le texte énumère cinq critères fondamentaux qui constituent le socle de ce nouveau découpage : Démographie et Échelle Humaine (Primo et Secundo) : Les propositions doivent se baser sur la taille de la population des futures unités et l’étendue des actuelles unités-mères. Il s’agit de réduire la superficie des circonscriptions pour améliorer le suivi des populations et des activités. Accessibilité (Tertio) : La distance entre les nouvelles unités administratives à créer et leurs unités-mères est un critère clé. L’idée est de désenclaver des zones et de garantir une meilleure accessibilité aux services publics de base.
Développement Économique et Social (Quarto) : Le redécoupage doit prendre en compte les activités économiques, sociales et culturelles pour que l’administration puisse mieux encadrer et stimuler le développement local. Infrastructures (Quinto) : La disponibilité immédiate d’infrastructures de base est requise pour accueillir les premiers services de l’État : bureaux, résidences des responsables (Préfets, Sous-préfets), et services FMO (Forces du Maintien de l’Ordre).
Si les hypothèses de travail à savoir passer à 60 Départements (soit 8 créations) et environ 400 Arrondissements (soit près de 35 créations) se confirment, cette réforme marquera l’une des plus importantes restructurations administratives du Cameroun depuis des décennies. Elle engendrera mécaniquement : Plus de postes de responsabilité pour l’élite administrative (Préfets et Sous-préfets). Un coût de fonctionnement accru pour l’État (construction d’infrastructures, salaires, logistique). Surtout, une nette amélioration de la couverture administrative, essentielle pour le déploiement effectif de la décentralisation et la sécurité du territoire.
En conclusion, en demandant de considérer les « considérations stratégiques et sécuritaires », le Ministre Atanga Nji confirme que cette réforme dépasse la simple géographie administrative. Elle est un pilier de la stratégie nationale visant à renforcer la présence de l’État dans des zones potentiellement fragiles ou éloignées, en faisant de la « maille territoriale » un outil de gouvernance et de sécurité.
Alexandre Biwolé

