Présidentielle 2025 au Cameroun : la carte électorale redessinée par les urnes

Gazelle D'Afrique
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Le Palais des Congrès de Yaoundé a vibré ce jour au rythme solennel de l’histoire. Le Président du Conseil Constitutionnel, Clément Atangana, a mis fin au suspense, proclamant les résultats définitifs de l’élection présidentielle du 12 octobre 2025. Ces chiffres, attendus par une nation entière, révèlent une nouvelle victoire pour le Président Paul Biya, mais aussi une reconfiguration significative du paysage politique régional, marquée par la performance inattendue de son principal challenger, Issa Tchiroma. Au-delà des pourcentages, c’est l’épilogue d’un processus électoral entamé des mois plus tôt qui se dessine, ponctué par les étapes clés du Code électoral, de la convocation du corps électoral à la validation finale des sages de la loi fondamentale. Plongeons au cœur d’une analyse minutieuse des tendances, des bastions fidèles et des zones de rupture.

L’analyse des résultats définitifs, région par région, met en lumière une géographie électorale camerounaise polarisée, où les forces en présence ont mobilisé leurs bases respectives avec des fortunes diverses. Le duel Paul Biya – Issa Tchiroma, déjà pressenti lors du scrutin, s’est concrétisé dans les urnes, dessinant des lignes de fracture politique et identitaire.

Le Président Paul Biya a assis sa victoire sur une fidélité inébranlable dans ses zones traditionnelles, illustrant la solidité de son assise politique dans ces régions.

  • Région du Sud : 90,86\% contre 6\% pour Tchiroma. Le Sud, berceau du Président, confirme son statut de forteresse absolue, enregistrant un score au-delà du seuil symbolique des 90\%. Ce plébiscite témoigne de l’ancrage total de l’homme et de son parti dans sa région d’origine.
  • Région du Nord-Ouest : 86,31\% contre 5,21\%. Malgré la crise sociopolitique qui secoue cette région anglophone, Paul Biya réalise un score spectaculaire, largement supérieur à celui de 2018. Ce résultat pourrait s’expliquer par une forte mobilisation de l’électorat du parti au pouvoir, couplée à un possible boycott ou une faible participation de l’opposition dans un contexte sécuritaire tendu, ou encore à la consolidation du vote autour de l’option « paix » incarnée par le pouvoir en place.
  • Région de l’Est : 73,88\% et Région du Centre : 70,14\%. Ces deux régions de la lisière forestière, perçues comme faisant partie du « grand Sud », restent des poumons essentiels de la majorité présidentielle, assurant au candidat Biya une avance confortable dès le début du décompte national.
  • Région du Sud-Ouest : 68,79\%. La seconde région anglophone, également en crise, apporte un soutien massif, bien que légèrement inférieur à celui du Nord-Ouest, confirmant la tendance observée.
    Ces cinq régions constituent le socle de la réélection de Paul Biya, totalisant des scores qui ont largement compensé ses contre-performances ailleurs.
  • L’événement majeur de ce scrutin réside dans la performance remarquable d’Issa Tchiroma Bakary, ancien allié du Président Biya, qui s’est positionné comme le challenger sérieux, notamment dans le grand Nord et le Littoral.
  • Région de l’Adamaoua : Tchiroma 50,33\% vs Biya 34,61\%. C’est une défaite cinglante pour le candidat sortant dans cette région stratégique. Tchiroma y atteint la majorité absolue des suffrages exprimés, marquant la concrétisation de son leadership dans son fief et un rejet net du candidat du parti au pouvoir.
  • Région du Littoral : Tchiroma 64,59\% vs Biya 20,99\%. Douala, capitale économique, et le Littoral en général, traditionnellement acquis à l’opposition mais pas nécessairement à Tchiroma, ont infligé un revers historique au Président Biya. Ce score très faible pour Biya, le plus bas de tout le pays, et l’écrasante victoire de Tchiroma dans cette région cosmopolite, suggèrent un vote de sanction ou l’efficacité d’un report de voix de l’opposition autour du candidat du Grand Nord.
  • Région du Nord : Tchiroma 43,51\% vs Biya 38,78\%. Une courte victoire pour Tchiroma dans sa région natale, qui signale la solidité de son ancrage local face à la machine du parti au pouvoir. C’est une victoire politique majeure pour le candidat de l’opposition.
  • Région de l’Ouest : Tchiroma 46,76\% vs Biya 38,61\%. Autre région de l’opposition (Bamiléké), l’Ouest voit Biya distancé. Si Tchiroma ne franchit pas les 50\% ici, son score élevé démontre sa capacité à capter un vote de contestation allant au-delà de sa base naturelle.
  • Région de l’Extrême-Nord : Biya 45,93\% vs Tchiroma 42,34\%. Malgré la poussée de Tchiroma dans le reste du Septentrion, l’Extrême-Nord résiste, le Président Biya y remportant une victoire serrée. Ce résultat, contrastant avec celui des autres régions du Nord, pourrait être le fruit d’une forte mobilisation du RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais) et de ses alliés locaux dans un contexte sécuritaire (Boko Haram) qui a souvent favorisé le candidat sortant.
  • Ces cinq régions (Adamaoua, Littoral, Nord, Ouest, et Extrême-Nord dans une moindre mesure) ont été le théâtre d’une forte contestation du pouvoir en place. Cependant, la dispersion des voix de l’opposition et l’importance du corps électoral dans les bastions du Sud ont permis au Président Biya de s’assurer une majorité au niveau national, comme l’indiquent les résultats agrégés.

La rédaction

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