Post-élections : écoles désertées, marchés au ralenti, Kousséri dans la spirale d’inquiétude

Gazelle D'Afrique
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L’élection présidentielle du 12 octobre 2025, censée marquer un moment démocratique, a plongé le département du Logone et Chari, et plus particulièrement la ville de Kousseri, dans un état de psychose et de méfiance généralisée. Malgré le déploiement visible des forces de sécurité et les appels au calme des autorités, l’atmosphère est lourde. La vie quotidienne est entravée par des interdictions de rassemblement, des rumeurs persistantes et une peur si prégnante que de nombreux parents ont retiré leurs enfants des écoles. Face à cette situation tendue, le Préfet multiplie les initiatives pour rétablir la cohésion sociale, tandis que les signes de paralysie économique et sociale s’accumulent.

Depuis le scrutin présidentiel du 12 octobre, la situation dans le Logone et Chari est marquée par une tension politique palpable. Les autorités ont rapidement réagi en interdisant tout rassemblement public. Par l’arrêté préfectoral numéro 000048 du 15 octobre 2025, toute manifestation de rue a été prohibée jusqu’à la prestation de serment du président élu, invoquant des « velléités manifestes et évidentes de trouble à l’ordre public ».

Cette mesure d’interdiction a été appliquée avec fermeté. Dès la veille de l’annonce des résultats, une tentative de marche pacifique des partisans du Front Social Démocratique National (FSNC) a été violemment dispersée par les forces de l’ordre. De manière significative, même les militants du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) ont été empêchés de célébrer la victoire du Président Paul Biya, proclamée le 27 octobre par la Cour Constitutionnelle.

La conséquence la plus visible et la plus alarmante de cette psychose est l’impact sur le secteur éducatif. Dès le 27 octobre, de nombreux parents ont choisi de garder leurs enfants à la maison, craignant des débordements et des violences. Ce retrait massif des élèves témoigne de la profonde incertitude qui règne dans les foyers.

Face à cette désertion, le Préfet du Logone et Chari a dû réagir en adressant, le 31 octobre, une correspondance aux responsables de l’enseignement pour exiger la reprise des cours. Parallèlement, la Ministre des Enseignements Secondaires a publié une note clarificatrice pour démentir la rumeur d’une suspension générale des cours et pour encourager le public à se fier aux canaux officiels.

L’économie locale souffre également de cette paralysie. Le marché de Kousseri est en activité réduite, reflétant l’ambiance morose. L’arrivée des marchandises est entravée, accentuant la crise. S’ajoute à cela une interdiction préfectorale de la vente de carburant frelaté (communiqué radio-presse du 24 octobre), censée apaiser la situation post-électorale, mais qui ajoute une contrainte supplémentaire à la vie quotidienne.

Dans cet environnement tendu, les réseaux sociaux jouent un rôle crucial, souvent néfaste. La circulation de fausses informations, de rumeurs de pillages et d’images alarmantes alimente un climat d’angoisse permanent. Les citoyens, déjà sur le qui-vive, sont piégés dans une spirale d’inquiétude qui a relégué les préoccupations quotidiennes au second plan.

Conscient du danger, le Préfet a organisé, le 30 octobre à la salle des reunions de la commune de Kousseri, une rencontre avec les acteurs publics et privés pour discuter de la consolidation de la paix et de la cohésion sociale. Cette initiative cherche à restaurer la confiance, même si la tentative d’une nouvelle marche pacifique le 31 octobre montre que les esprits restent échauffés. Malgré le calme apparent des quartiers, entretenu par une présence jour et nuit des forces de défense et de sécurité, la population vit dans une peur sourde.

Pour l’heure, le Logone et Chari demeure une poudrière en attente, où l’autorité tente de ramener l’ordre face à une psychose enracinée.

Allassane Hamidou

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