Le projet d’automatisation des péages routiers au Cameroun vire au bras de fer judiciaire et financier. Suite à la résiliation unilatérale du Contrat de Partenariat Public-Privé (PPP) par Yaoundé, la société Tollcam Partenariat SAS, consortium franco-camerounais, a saisi la Cour Internationale d’Arbitrage (CCI) de Paris. L’entreprise réclame à l’État du Cameroun la somme colossale de 30 milliards de FCFA. Révélé par la Chambre des comptes, ce contentieux remet en lumière les fragilités des PPP camerounais et pose la question du coût réel du revirement stratégique de l’État, qui tente de transformer ce partenariat coûteux en simple marché public.
L’affaire Tollcam, initialement un fleuron de la modernisation des infrastructures, se trouve désormais devant la justice internationale. Tollcam Partenariat, composé des géants français Fayat et Egis, avait été chargé de concevoir, construire, équiper et exploiter 14 postes de péage automatique. Le 2 février 2024, le Ministre des Travaux publics (Mintp), Emmanuel Nganou Djoumessi, a notifié la résiliation du PPP, annonçant la conversion du contrat en marché public. Cette décision retire à Tollcam l’exploitation et la maintenance, ne lui laissant que la construction et l’équipement. Des prestations qui devront désormais être payées directement par l’État.
Ce changement radical intervient alors que sept des quatorze postes sont déjà construits, après un processus long de près de huit ans. Selon les informations ayant conduit le Chef de l’État, Paul Biya, à prendre cette décision, le modèle PPP était jugé trop onéreux. Pour un investissement initial de 42 milliards de FCFA, Tollcam devait percevoir sur 18 ans des loyers atteignant 195 milliards de FCFA TTC. Bien que le Mintp ait estimé que même avec ce paiement, le Trésor public dégagerait un gain net de 437,6 milliards de FCFA (en comparaison avec les péages non modernisés), la Présidence a tranché en faveur d’une solution moins coûteuse, sans en préciser les détails financiers à ce stade.
Au-delà du coût, des réserves sur la traçabilité des recettes ont motivé l’État. Un document interne du Mintp a soulevé un point sensible : la connexion entre le système de collecte des paiements (électronique et espèces) et le système central du gouvernement. L’enjeu est de garantir une visibilité en temps réel des recettes collectées par le Mintp et le Ministère des Finances (Minfi).
Cette crise intervient également dans un contexte de turbulences chez le partenaire privé. Egis, co-actionnaire de Tollcam, est sous pression de son actionnaire de contrôle, Tikehau. Ce dernier aurait engagé un processus de cession de ses activités africaines jugées moins rentables, ce qui pourrait affaiblir la capacité d’Egis à suivre des projets complexes comme celui du Cameroun.
Pour l’heure, une procédure de règlement amiable est ouverte, mais l’absence d’avancée notable indique que l’arbitrage de la CCI de Paris pourrait être la seule issue. L’affaire Tollcam est ainsi devenue emblématique des difficultés rencontrées par les PPP au Cameroun, so.ulevant des questions sur la planification et la sécurité contractuelle des grands projets d’infrastructure.
Arsène Nna
