Après la rupture consommée avec le président Bassirou Diomaye Faye, le leader des patriotes reprend en main l’appareil du parti depuis Touba et brandit la menace d’une motion de censure contre le gouvernement.
C’est une clarification politique majeure, mais aussi le signal d’une crise institutionnelle profonde pour le Sénégal. Quelques semaines après son limogeage de la primature en mai dernier, suivi de son élection à la présidence de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko a acté sa rupture définitive avec le chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye. Le week-end des 11 et 12 juillet 2026, à l’occasion des « 48 heures » de la coordination communale du Pastef à Mbacké et Touba, le ton est monté d’un cran.
Devant ses militants, le président de la Chambre basse s’est montré d’une virulence rare à l’égard de son ancien allié, décrivant le président de la République comme un leader « frileux et facilement manipulable » par l’opposition. « On l’a propulsé au sommet et il s’est démarqué du projet », a asséné le leader des patriotes, accusant en filigrane le palais de la République d’avoir manœuvré en coulisses pour diviser les rangs du Pastef au profit d’une dynamique politique concurrente.
Au-delà des fractures partisanes, c’est le fonctionnement même de l’appareil d’État qui vacille. Au cœur du litige immédiat figure un désaccord profond entourant le récent projet de révision constitutionnelle. Suite au revers infligé par les « sept Sages » du Conseil constitutionnel, Ousmane Sonko a publiquement désavoué la décision de la haute juridiction, ouvrant un front direct avec le nouveau gouvernement nommé par le chef de l’État et dirigé par le Premier ministre, Mohamed Al Amine Lo.
Fort d’une majorité parlementaire confortable de 130 députés sur 165, le président de l’Assemblée nationale a clairement brandi la menace d’une motion de censure pour renverser l’équipe gouvernementale si celle-ci persistait dans sa direction actuelle. Cette démonstration de force fait écho aux récents débats quant à la capacité du pouvoir législatif à paralyser l’action de l’exécutif.
La réplique de la primature ne s’est pas fait attendre. Signe que l’affrontement idéologique est global, le Premier ministre Mohamed Al Amine Lo a fermement réagi aux déclarations de Touba en déclarant : « Chercher à faire du patriotisme le monopole d’un seul camp revient à le trahir
Sur le terrain politique, Ousmane Sonko tente également de resserrer les rangs de sa formation face aux risques de dissensions internes. À Mbacké, il a fustigé des tentatives de corruption présumées, affirmant que de « l’argent volé » circulait dans la région. Il a par ailleurs envoyé un avertissement clair à ses propres cadres en rappelant que plusieurs directeurs généraux issus du parti restaient sur la sellette, martelant que « ce qui peut nous être fatal ne viendra que de nos divergences internes »*.
Le Sénégal s’installe ainsi dans une cohabitation de haute intensité. Sur le plan légal, le président Bassirou Diomaye Faye ne pourra pas constitutionnellement activer le levier de la dissolution de l’Assemblée nationale avant le mois de novembre 2026. D’ici cette échéance technique, le gouvernement devra composer avec l’ombre permanente d’un coup d’arrêt parlementaire dicté depuis le perchoir, tandis que le Pastef et la présidence se disputent désormais frontalement la paternité et la direction du changement promis en 2024.

