L’interpellation et le placement en détention provisoire d’un haut collaborateur de la préfecture de Poli marquent un tournant majeur dans l’enquête sur les violences de Mayo Djarendi. La justice cherche à déterminer si des protections institutionnelles ont favorisé l’exploitation illégale de l’or au cœur de cette réserve protégée.
L’affaire qui secoue le département du Faro vient de franchir un cap décisif. Le jeudi 2 juillet 2026, la détention provisoire d’Abdouraman Djara, secrétaire particulier du préfet du Faro, a retenti comme un signal fort au sein de l’administration locale. Entendu par les magistrats instructeurs avant d’être écroué, ce proche de l’autorité préfectorale est désormais au centre d’une instruction ultra-sensible. Celle-ci vise à faire la lumière sur la gestion et les complicités présumées qui auraient permis l’essor de l’orpaillage clandestin dans une zone pourtant strictement protégée par la loi.
Bien que les autorités judiciaires se murent pour l’instant dans un mutisme absolu, invoquant le secret de l’instruction, cette décision n’est pas passée inaperçue. Conformément aux règles de procédure, la responsabilité pénale de l’intéressé ne pourra être établie qu’à l’issue d’un procès équitable. Néanmoins, cette interpellation confirme que les investigations s’orientent désormais vers l’examen de potentielles ramifications administratives.
Pour comprendre l’ampleur de la procédure actuelle, il faut remonter au 5 mars 2026. Ce jour-là, le village de Mayo Djarendi, situé dans l’arrondissement de Poli, s’embrase lors de violents affrontements. Ces heurts sanglants, liés au contrôle des sites d’extraction artisanale de l’or, avaient suscité une vive émotion au sein de l’opinion publique.
À l’époque, la presse locale s’était immédiatement fait l’écho de la crise. Comme en témoigne l’article publié dans le tri-hebdomadaire Repères (N° 1460 du 18 mai 2026), le scandale couvait déjà. Les images publiées à la une montraient des écogardes inspectant les ruines de campements incendiés, stigmates d’un conflit ouvert. Déjà, les premières investigations de la police et de la gendarmerie évoquaient la piste d’un réseau structuré bénéficiant de possibles complicités au sein des administrations locales, dans le but de préserver des intérêts financiers particulièrement lucratifs. Cinq mois plus tard, la justice semble matérialiser ces soupçons initiaux.
Au-delà du volet judiciaire, l’enjeu de ce dossier demeure profondément environnemental. Le Parc national du Faro subit de plein fouet les incursions répétées des orpailleurs clandestins. Leurs activités, régulièrement dénoncées par les conservateurs, entraînent des conséquences dévastatrices sur la biodiversité et les ressources naturelles de la réserve.
Pour endiguer ce phénomène, la riposte se structure sur le terrain. Des équipes mixtes composées de forces de l’ordre et d’agents des eaux et forêts passent la réserve au peigne fin. Des séances de travail stratégiques sont organisées en plein cœur de la zone. Autour de cartes topographiques et de documents officiels, les responsables de la conservation et les enquêteurs analysent les mouvements sur le terrain afin de localiser précisément les sites d’extraction illégaux et d’identifier les réseaux d’approvisionnement logistique.
L’incarcération du secrétaire particulier du préfet n’est perçue que comme une étape dans une enquête à spectre large. Les enquêteurs de la police et de la gendarmerie cherchent à identifier l’ensemble des personnes susceptibles d’avoir participé à l’organisation, au financement ou à la protection de ces activités prohibées.
Alors que l’omerta administrative persiste et qu’aucune autorité n’a souhaité officiellement communiquer sur cette incarcération, les investigations se poursuivent dans le secret le plus absolu. Plusieurs observateurs estiment que le dossier, particulièrement sensible, pourrait encore connaître de nouveaux développements majeurs dans les semaines à venir.
Abdoulaye Hamadou




