Alors que la polémique autour de la retenue de quatre personnes au Palais des Congrès continue de déchaîner les passions et d’accabler sans preuve le MINEPAT, Alamine Ousmane Mey, une voix s’élève pour poser les questions qui dérangent. Entre dérives déontologiques, amateurisme ambiant et urgence d’une structuration ordinale de la presse, cette lettre ouverte adressée à Alex Siewe interpelle toute la corporation sur la sacralité d’un métier en perte de repères.
L’emballement médiatique autour de la détention de quatre individus à Yaoundé met en lumière une double dérive : la condamnation sans preuve d’un membre du gouvernement et l’infiltration de la profession journalistique par un amateurisme dénué d’éthique.
Depuis le déclenchement de cette affaire, le réflexe collectif a été de désigner le Ministre Alamine Ousmane Mey comme le commanditaire de cette privation de liberté. Pourtant, aucune enquête n’a établi l’existence d’une plainte formelle ou d’un ordre direct émanant de sa personne. La présomption d’innocence et le devoir élémentaire de recoupement factuel ont été balayés au profit de la rumeur numérique. Comment un homme reconnu pour sa courtoisie et sa retenue républicaine s’est-il retrouvé au centre d’un tel procès d’intention ? La réponse réside dans la primauté du spectaculaire sur la recherche de la vérité.
Au-delà de la mise en cause du ministre, l’événement pose des questions gênantes sur les conditions d’exercice du journalisme sur le terrain. Ces individus étaient-ils dûment accrédités ? Arboraient-ils des insignes professionnels reconnus ? Dispose-t-on de la preuve de leur invitation officielle à cet événement institutionnel ? L’exercice de la profession ne saurait se réduire à la quête d’opportunités informelles au mépris des règles d’accès aux événements d’État.
Le contraste est saisissant avec les autres professions libérales et scientifiques du pays. À l’instar des ingénieurs (ONIGC), des architectes (ONAC) ou des médecins (ONMC), dont l’exercice est strictement conditionné par l’inscription à un tableau de l’Ordre, le secteur des médias au Cameroun souffre de l’absence de régulation d’accès. La profusion de « journalistes au mètre carré » sans formation ni respect de la déontologie dévalorise l’héritage des grandes figures de la presse camerounaise.
L’affaire des « lunettes » doit servir de déclic. Plutôt que de céder à l’indignation sélective et d’attaquer des personnalités publiques sur la base de rumeurs, la communauté médiatique gagnerait à engager une réflexion profonde sur son auto-régulation, le respect de l’éthique et la protection de la noblesse du métier.
Arsène Nna

