Bloquée pendant trente jours par une décharge publique sauvage au carrefour Nkoabang, l’entreprise publique d’eau a contourné l’obstacle sanitaire et logistique en dévoyant son réseau. Récit d’une opération coup de poing technique et politique aux portes de la capitale.
Au carrefour Nkoabang, à l’entrée est de Yaoundé, la fin du mois de septembre 2026 restera marquée par le retour tant attendu du précieux liquide au robinet. Pendant un mois complet, les ménages des quartiers Ancien Marché Nkoabang, Fong Commissaire, Marie Bernard, Vie Continue et Ngona ont vécu l’épreuve d’un sevrage forcé. L’origine de cette crise sèche n’était pourtant pas une panne d’approvisionnement globale, mais un casse-tête interinstitutionnel devenu insupportable : l’impossibilité d’accéder à une conduite endommagée, enfouie sous une montagne d’immondices non ramassées par la société responsable de la salubrité urbaine.
Face à cette impasse qui menaçait la santé publique et exaspérait les riverains, la Direction Générale de la CAMWATER a tranché. Au lieu de subir le blocage indéfini des prestataires de la salubrité, l’opérateur public a opté pour une décision radicale : le contournement stratégique.
Les 21 et 22 septembre 2026, le secteur Est s’est transformé en un véritable théâtre d’opérations d’ingénierie tactique. Sous la coordination directe du Chef de Division Régionale Yaoundé Agglomération et le déploiement sur le terrain de l’Unité de Distribution de Biteng conduite par le Chef Secteur Est, les techniciens ont engagé une course contre la montre.
L’objectif de cette manœuvre ne consistait pas simplement à colmater une brèche, mais à corriger une vulnérabilité structurelle. Les équipes ont déroulé un plan méthodique :
* Incision de la chaussée : Ouverture d’une tranchée sécurisée en bordure de route pour contourner le périmètre pollué.
* Mise hors service du tronçon critique : Isolement définitif de l’ancienne tuyauterie emprisonnée sous les déchets.
* Pose du nouveau réseau : Installation d’un linéaire de 50 mètres de conduite en polyéthylène haute densité (PEHD DN 110), un matériau reconnu pour sa résistance et son étanchéité.
* Raccordement et mise en eau : Jonction au réseau principal avec un contrôle strict des pressions d’étanchéité.
Le choix du PEHD DN 110 : Ce matériau souple et étanche permet non seulement de contourner l’emprise physique de la décharge, mais offre également une barrière de protection mécanique accrue contre les agressions environnementales futures.
Au-delà de la prouesse technique réalisée en 48 heures, cette intervention met en lumière la complexité de la gestion des infrastructures dans un environnement urbain à forte croissance. En isolant son réseau des interférences de la décharge publique, la CAMWATER ne s’est pas contentée de rétablir le service à Fong Commissaire ou Ngona ; elle a reconquis son autonomie d’intervention.
En cas de futur sinistre, les techniciens n’auront plus à attendre l’évacuation préalable de tonnes de ordures ménagères pour accéder aux conduites vitales. Ce dévoiement redéfinit la cartographie des risques dans cette zone périphérique de Yaoundé, où l’enchevêtrement des compétences communales et des réseaux d’utilité publique crée trop souvent des goulots d’étranglement.
En saluant la patience et la confiance de ses abonnés à l’issue de cette opération, la CAMWATER rappelle la réalité à laquelle se heurtent quotidiennement les services publics : l’eau potable ne dépend pas uniquement des stations de potabilisation, mais d’un arbitrage permanent avec le tissu urbain et ses dysfonctionnements. À Nkoabang, la détermination technique a eu le dernier mot sur l’incurie environnementale.
Ekondo Bel

