C’est un coup de tonnerre dans l’administration publique camerounaise. Une vaste opération de comptage et d’assainissement du fichier solde a permis de débusquer 20 000 agents publics fictifs. Ces « fonctionnaires fantômes », qui percevaient indûment des salaires sans aucune contrepartie professionnelle, ont ponctionné près de 46 milliards de FCFA dans les caisses de l’État. La sanction est tombée : l’expulsion définitive du fichier solde est actée pour janvier 2026.
L’annonce, relayée par le média d’État CRTV, révèle l’ampleur du désastre financier. Pendant des années, 46 milliards de francs CFA ont été évaporés au profit d’individus soit décédés, soit ayant démissionné, ou n’ayant tout simplement jamais occupé de poste. Pour une économie en quête de ressources pour financer ses grands projets d’infrastructure, cette perte sèche représentait un véritable frein au développement.
Comment une telle fraude a-t-elle pu perdurer ? Plusieurs facteurs expliquent cette dérive. La porosité du système informatique : Pendant longtemps, le manque de centralisation des fichiers du personnel a permis des doublons ou le maintien de salaires après le départ de l’agent. La corruption administrative : Des complicités internes dans les chaînes de mandatement ont facilité le maintien de ces « fantômes ». L’absentéisme chronique : Certains fonctionnaires, tout en étant réels, sont considérés comme fictifs car ils sont installés à l’étranger tout en continuant de percevoir leurs émoluments au Cameroun.
Les conséquences économiques de cet assainissement sont immédiates et vitales. Ces 46 milliards de FCFA récupérés ne sont pas de simples chiffres ; ils représentent une marge de manœuvre budgétaire précieuse. Cet argent pourra désormais être réorienté vers d’autres problèmes tels : Le recrutement de jeunes diplômés : Libérer le fichier solde permet d’intégrer de nouveaux agents réellement productifs. L’investissement public : Cette somme pourrait financer la construction de centaines de salles de classe ou de centres de santé. La réduction de la dette : Moins de gaspillage signifie une réduction du déficit budgétaire national.
L’échéance de janvier 2026 marque un tournant. En expulsant définitivement ces fraudeurs, le gouvernement camerounais envoie un message de fermeté. L’opération ne s’arrête pas à la simple radiation ; des poursuites judiciaires pourraient être engagées pour récupérer les sommes indûment perçues. Cette opération de « nettoyage » s’inscrit dans une volonté globale de modernisation de l’État. Elle répond également aux exigences des partenaires financiers internationaux qui réclament une gestion plus rigoureuse de la masse salariale.
Pour le citoyen camerounais, c’est l’espoir de voir l’argent public enfin utilisé pour le bien commun, plutôt que pour alimenter des réseaux de prédation souterrains.
Arsène Nna
