Le département du Logone et Chari, souvent perçu à travers le prisme de ses réalités socio-culturelles, est aujourd’hui le théâtre d’une transformation profonde, impulsée par l’engagement résolu de ses femmes. Longtemps reléguées aux marges de la vie, politique, sociale et économique, celles-ci s’affirment désormais comme des actrices incontournables de leur propre destin et du développement de leur terroir. Un entretien exclusif avec Madame Zenabou Hamed, 4ème Adjoint au Maire de Kousséri, offre une perspective éclairante sur cette dynamique ascendante, révélant la détermination et les stratégies mises en œuvre pour l’autonomisation féminine. Des préparatifs à l’élection présidentielle d’octobre 2025, à leur autonomisation, en passant par leur implication massive dans la vie politique du département, voici quelques morceaux choisis de cet entretien, à lire sans réserve.
La marginalisation des femmes dans le Logone et Chari, héritage de structures traditionnelles et de perceptions erronées, s’est longtemps manifestée par une faible participation aux sphères décisionnelles et une autonomie économique limitée.
Conscientes de cet état de fait, les femmes leaders ont entrepris des actions concrètes pour inverser la tendance. Madame Zenabou Hamed souligne avec force la mobilisation sans précédent des femmes, notamment autour des initiatives visant à faciliter l’obtention des cartes nationales d’identité et l’inscription sur les listes électorales, à quelques jours de la convocation du corps électoral en vue de la présidentielle de 2025 : « En tant que femme, dans la généralité, les femmes sont mobilisées, elles sont en grand nombre, » affirme-t-elle.
Cette démarche, initiée par l’Honorable KAMSSOULOUM ABBA KABIR, par ailleurs chef de la délégation départementale permanente du comité central du Rdpc pour le Logone et Chari, a vu les présidentes des 15 sous-sections OFRDPC de l’arrondissement de Kousséri recenser minutieusement les personnes démunies de ces pièces essentielles. L’impact est palpable : « Nous avons créé une cellule d’enregistrement au niveau de la commune et quotidiennement, nous enregistrons au moins 400 personnes demandeurs, où un grand nombre de femme est également enregistré. »
Cette implication proactive dans le processus électoral est une étape fondamentale vers une représentation accrue et une participation politique significative, offrant aux femmes le levier nécessaire pour faire entendre leur voix.
L’ère où les femmes étaient cantonnées aux rôles domestiques semble révolue dans le Logone et Chari. Mme Zenabou Hamed l’assure : « Les hommes dans le Logone et Chari savent bien qu’ils sont obligés de faire avec les femmes. » Cette reconnaissance progressive de leur rôle essentiel est le fruit d’une prise de conscience collective des femmes elles-mêmes, qui ont compris « qu’elles ont un rôle à jouer dans le processus du développement de notre département. »
Les multiples changements sociétaux et les efforts de sensibilisation ont permis aux femmes d’occuper « une place de choix, tant dans la vie politique que celle là active de notre département. » Cependant, l’adjointe au maire ne cache pas que des défis demeurent. Le conseil municipal de Kousséri, par exemple, « ne reflète pas la réalité sur l’aspect genre, ceci parce que les femmes elles-mêmes ne se sont pas trop données à la chose politique. » Pour pallier ce déficit, l’objectif est clair et ambitieux : « lors des prochaines échéances électorales, nous allons réclamer nos 30% pour que le nombre de femmes augmente dans le conseil. »
Cette revendication est portée par une unité remarquable des femmes du département, transcendant les clivages ethniques, comme en témoignent les compositions inclusives des bureaux lors des célébrations de la Journée internationale de la Femme.
L’émancipation de la femme dans le Logone et Chari ne se limite pas à la sphère politique ; elle englobe une vision globale, axée sur l’autonomie financière et sociale. Madame Zenabou Hamed, femme de conviction, est arrivée en politique avec des « idées bien calées » et compte atteindre au moins 70% de ses objectifs.
Ces derniers sont centrés sur la promotion de la femme dans tous les aspects de la vie quotidienne, l’épanouissement de la jeune fille et sa scolarisation. L’image de la femme comme « un bouquet de fleur qu’on peut poser et déplacer à sa guise » est résolument rejetée. La détermination est palpable : « Si Dieu nous prête vie, nous allons lutter pour qu’il y ait ce changement dans l’équilibre du genre à Kousséri et au delà. »
Un projet d’envergure est en gestation, qui vise à « organiser les femmes dans tout le département, » réunissant « les femmes politiques, celles du réseau, bref toutes les femmes confondues. » L’objectif ultime est de créer un rapport de force où « à l’avenir, les hommes seraient contraints de venir vers nous. Nous ne devons plus attendre que les hommes décident pour nous. »
Cette vision audacieuse est étayée par l’observation que « aujourd’hui dans certains conseils, plusieurs hommes réunis ne font pas une seule femme, » soulignant le potentiel inexploité des femmes.
L’Avenir au Féminin semble dès lors se dessiner, le message de Mme Zenabou Hamed à l’endroit des femmes du département est un vibrant appel à l’action et à l’engagement. « Je lance un vibrant appel à toutes celles qui hésitent encore, celles qui traînent le pas, à venir nous rejoindre, » exhorte-t-elle.
Les femmes leaders s’engagent à se rapprocher de leurs sœurs pour leur faire prendre conscience de « leur importance dans le processus de développement de notre département. » L’avenir se prépare dès maintenant, non seulement pour la génération actuelle, mais aussi pour les « filles. »
Pour l’adjointe au maire de Kousséri, la réussite passe par des valeurs cardinales : « Une femme si elle veut aller de l’avant doit être sérieuse, elle doit se faire respecter, elle doit être engagée et assidue à son travail. » Ces qualités, selon elle, forcent le respect et ouvrent les portes.
La collaboration avec des structures telles que la délégation départementale de la promotion de la femme et de la famille et le PROLAC témoigne des efforts concertés pour l’autonomisation des femmes du Logone et Chari.
En définitive, le Logone et Chari est à l’aube d’une révolution silencieuse, portée par la force et la détermination de ses femmes. L’écho des propos de Madame Zenabou Hamed résonne comme un manifeste pour l’égalité et la participation. L’œuf, bientôt, éclora, révélant la pleine mesure du potentiel féminin, essentiel à l’édification d’un département plus juste et plus prospère.
Propos recueillis par Arsène Nna et Djomdi Gabriel
