​L’Offensive de Londres : Le Cameroun face au Défi de la Dette Souveraine et de la Transformation Structurelle

Gazelle D'Afrique

Quitter le carcan classique de la dette pour entrer dans l’ère des capital-risqueurs et des financements structurés : telle est l’équation complexe que le Cameroun a tentée de résoudre lors du Market Sounding – Road Show tenu les 9 et 10 septembre 2026 au prestigieux Marlborough House de Londres. Face à un cénacle d’investisseurs anglo-saxons et d’institutions du Commonwealth, Yaoundé n’est pas venue tendre la main pour souscrire un eurobond de plus à des taux prohibitifs. La délégation menée par le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a plutôt défendu un changement de paradigme doctrinal : substituer à l’endettement passif un partenariat actif axé sur les financements mixtes, les garanties et le partage de risques.

L’exercice d’équilibriste de Yaoundé s’inscrit dans un contexte macroéconomique résilient mais sous tension. Affichent 3,5 % de croissance économique estimée pour 2025 pour la troisième année consécutive, les autorités mettent en avant la solidité des activités non pétrolières, lesquelles portent désormais près de 98 % de la dynamique économique nationale. Avec un PIB nominal avoisinant les 34 474 milliards FCFA et un ratio d’endettement public contenu à 43,7 % du PIB — bien en deçà du plafond communautaire CEMAC fixé à 70 % —, le Cameroun jouit d’une marge de manœuvre théorique que de nombreux voisins d’Afrique centrale lui envient.

Pourtant, le mur des investissements à franchir pour concrétiser la Stratégie Nationale de Développement (SND30) est vertigineux : entre 88 000 et 89 000 milliards FCFA sont nécessaires pour financer la transformation structurelle du pays d’ici la fin de la décennie. Sachant que 45 % de cette enveloppe monumentale repose sur le secteur privé et les partenaires au développement, la dépendance du Cameroun vis-à-vis des marchés internationaux reste critique. Comme l’a martelé Louis Paul Motaze à Londres, l’enjeu n’est plus de s’endetter à tout va, mais de capter des capitaux à « coûts soutenables » pour éviter l’asphyxie budgétaire.

Pour convaincre la Place de Londres, le Cameroun met en avant de puissants leviers sectoriels. Le secteur de l’énergie fait office de fer de lance avec un potentiel hydroélectrique dépassant les 12 GW. Après la mise en service du barrage de Nachtigal et le lancement du projet de Kikot, le pays vise la position de hub énergétique sous-régional. Les secteurs des transports, de l’agro-industrie, du numérique et des infrastructures urbaines constituent autant de gisements de croissance présentés comme prêts à l’investissement.

Parallèlement, Yaoundé accélère sur le terrain de la finance durable. S’appuyant sur son cadre de financement durable adopté en 2024 et sur la comptabilisation de 406 milliards FCFA de dépenses budgétaires favorables au climat en 2026, l’État ambitionne de devenir un pionnier des green bonds (obligations vertes) et de la finance carbone liées au bassin du Congo.

Toutefois, le plus dur reste à faire. L’Histoire économique montre que la simple promotion d’un « potentiel » ne suffit pas à rassurer des investisseurs internationaux frileux face au risque de change, à la bureaucratie et aux délais d’exécution des projets en Afrique subsaharienne. Le passage décisif consistera à transformer ces intentions stratégiques en projets « bancables » répondant aux critères d’exigence des marchés anglo-saxons.

L’initiative de Marlborough House est audacieuse et nécessaire. En cherchant à diversifier ses sources de financement au-delà des bailleurs traditionnels et en misant sur l’effet de levier du Commonwealth, le Cameroun prouve sa volonté de rompre avec la fatalité de l’endettement à haut risque. Reste désormais à traduire ces déclarations d’intentions financières en chantiers réels, au service direct de la transformation industrielle du pays.

Correspondance Particulière 

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