​Liberté de la presse et sécurité : Les dessous d’une controverse

Gazelle D'Afrique

Alors que la libération de quatre journalistes interpellés à Yaoundé continue de faire grand bruit au sein de la corporation et sur les réseaux sociaux, l’imputation directe de cette mesure au Ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire suscite interrogations et réserves. Entre impératifs de sécurité des hautes personnalités, procédures de maintien de l’ordre et respect du travail des médias, éclairage sur une affaire où l’émotion a prévalu sur le recoupement factuel.

Les faits remontent à quelques jours. Dans le cadre de la couverture d’un événement institutionnel de haute portée, quatre professionnels de la presse — Igor Gwet Bibey (Informe Plus), François Essomba (Chine Afrique), Solange Djuikam (Univers Info.net) et Pierre Mouchili (Procès International) — ont été retenus durant quatre jours. Selon un communiqué syndical diffusé sur les plateformes numériques, cette interpellation serait consécutive à un incident survenu autour d’un équipement personnel attribué au membre du gouvernement.

Très vite, la Toile s’est enflammée, pointant une atteinte intolérable à la liberté d’informer et attribuant l’initiative de cette privation de liberté à l’autorité ministérielle. Pourtant, à l’épreuve des faits et des réalités administratives, le raccourci pose question.

Premier élément de discordance relevé dans cette controverse : la localisation exacte des faits. Alors que certaines publications font état d’une détention dans un commissariat d’arrondissement à Bastos, les vérifications sur le terrain indiquent que la procédure a été conduite au niveau du Commissariat Central n°1 de Yaoundé.

Au-delà de cette imprécision géographique, c’est la chaîne de responsabilité qui interroge. Dans tout dispositif encadrant les déplacements de hautes personnalités de l’État, la sécurité des lieux et du matériel relève exclusivement des forces de maintien de l’ordre détachées à cette tâche. Ces dernières agissent sous leur propre ligne hiérarchique et selon des protocoles stricts de vérification d’éléments suspects ou d’incidents de séance.

En l’absence de toute plainte déposée en bonne et due forme ou de procès-verbal signé par le Ministre Alamine Ousmane Mey, lui attribuer la décision administrative d’une garde à vue relève d’une confusion entre la présence d’une autorité sur un site et la gestion opérationnelle des services de police.

Pour les observateurs de la scène publique camerounaise, l’implication personnelle du chef de ce département ministériel dans une telle dérive sécuritaire peine à convaincre. Reconnu pour sa rigueur managériale, sa courtoisie républicaine et un ancrage local fortement axé sur l’humain et le dialogue, Alamine Ousmane Mey a toujours entretenu des relations professionnelles fluides avec les professionnels des médias.

Dans les régions où son action est suivie de près, comme dans le Logone et Chari, l’homme est davantage perçu comme un médiateur et un rassembleur que comme un adepte de la méthode forte. Dès lors, l’amalgame fait entre un zèle sécuritaire potentiel sur le terrain et une volonté délibérée de nuire à des journalistes apparaît déconnecté de la démarche habituelle du ministre.

Soucieuse d’apporter toute la lumière sur ce dossier et de respecter le principe fondamental du contradictoire, la rédaction de votre journal s’est rapprochée ce jour de la Cellule de Communication du MINEPAT. La responsable contactée a indiqué que les services compétents sont saisis de la question et qu’une mise au point officielle sera communiquée sous peu pour clarifier la position de l’institution.

Si la préservation des droits des journalistes dans l’exercice de leur fonction reste un combat légitime et non négociable pour l’ensemble de la profession, la rigueur de l’information impose de ne pas transformer un dysfonctionnement sécuritaire ou une mesure conservatoire de la police en un procès d’intention politique. La publication imminente du communiqué du ministère devrait permettre de clore définitivement cette polémique.

Arsène Nna 

 

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